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3–5 minutes

Sang…

— S’il vous plaĂźt, allez-vous-en ! hurle le condamnĂ© autour duquel la meute resserre les rangs.

Pantelant et couvert d’une couche infecte de sueur, ce magnat de l’immobilier bedonnant s’agenouille dans l’herbe rĂȘche de son jardin. Il pue l’alcool. Ses mains se joignent et il baisse la tĂȘte par-dessus, comme s’il adressait sa priĂšre ridicule Ă  notre MaĂźtre.

Il doit le confondre avec les putains de Dieux qu’ils ont fabriquĂ©s de toute piĂšce pour leur propagande d’amour et de misĂ©ricorde.

— Je vous donnerai tout ce que vous voudrez ! insiste le gros lard. J’ai des enfants. Si vous voulez quelqu’un du mĂȘme sang, vous pouvez prendre l’aĂźnĂ©. Ou mĂȘme le bĂ©bĂ© ! Mais je vous en supplie, laissez-moi la vie sauve.

Quel sans couilles… Ô grand jamais une crĂ©ature de l’Enfer n’offrirait sa descendance en sacrifice. Ses sanglots dĂ©biles ne font que renforcer ma haine pour son espĂšce. Tous des lĂąches ! Ils se vantent pourtant Ă  qui veut l’entendre de la mascarade qu’ils nomment fiĂšrement « morale ».

Babines retroussĂ©es et tous crocs dehors, j’avance encore plus. Jusqu’Ă  lui grogner au visage.

Ce qu’on veut, gros tas de merde, c’est arracher ton Ăąme de ton corps en lambeaux au nom du DĂ©mon des Croisements.

C’est le pacte qu’il a signĂ©. Dix belles annĂ©es de richesse et de rĂ©ussites en Ă©change de son Ăąme.

Les humains ont ce culot qui me dĂ©becte. Ils sont assez dĂ©terminĂ©s pour construire des autels et s’enrĂŽler dans des invocations dĂ©moniaques ancestrales. Mais quand l’heure arrive d’honorer leur part du marchĂ©, y’a plus un pet d’audace ! Que des larmes et des suppliques. Aussi vaines l’une que l’autre.

Tu meurs ce soir, saletĂ© d’humain. Les termes de ton contrat sont irrĂ©vocables.

Le sac Ă  viande tremble de terreur. Je prends un malin plaisir Ă  faire l’écho infernal de ma voix rĂ©sonner dans sa tĂȘte :

Cours.

Son regard fuyant se braque sur moi. Ses sanglots s’arrĂȘtent et son visage rougit se fige, Ă  croire qu’il pense vraiment avoir une chance malgrĂ© l’Ă©noncĂ© de sa sentence.

Idiot comme un louveteau de deux jours, le pathĂ©tique humain se lĂšve en toute prĂ©cipitation et dĂ©tale. La respiration toujours haletante, l’Ă©quilibre incertain, il franchit l’ouverture qu’on lui a laissĂ©e Ă  toutes jambes. Son cƓur bat plus fĂ©rocement, l’adrĂ©naline et sa trouille bleue imprĂšgnent ses sales effluves. Ils tracent son sillage dans l’air humide.

Un courant d’excitation transcende la meute. Les autres trĂ©pignent d’impatience sur leurs pattes. Certains lĂšchent leurs babines, par anticipation du sang chaud qui remplira bientĂŽt leur gueule, mais tout le monde reste en position.

Sans quitter l’humain des yeux une seconde, je lance enfin mon ordre :

— À table !

Les quatre chiens infernaux qui m’accompagnent s’Ă©lancent dans une course frĂ©nĂ©tique. Ils rattrapent la limace humaine en quelques foulĂ©es et se jettent sur elle. À tour de rĂŽle, ils lui lacĂšrent les cuisses de coups de griffes pour l’affaiblir. Ils jouent vite fait Ă  le ballotter entre eux, sans vergogne, Ă  coups d’Ă©paule ou de croupe. Le type marine tellement dans son effroi que l’odeur Ăącre de sa peur, de l’alcool et de sa pisse me prend Ă  la gorge.

Je pousse un rùle de dégoût.

Rapidement Ă  court de patience, une des femelles lui saute dans le dos. Il trĂ©buche et tombe en avant. L’autre chienne lui arrache un bras d’une seule morsure.

Les hurlements d’agonie de la bidoche sur pieds remplissent le voisinage. Des lumiĂšres commencent Ă  s’allumer çà et lĂ  aux fenĂȘtres des maisons du quartier.

De l’Ă©cume plein la gueule, je tourne en rond. Mes yeux rouge sang scrutent chaque carrĂ© de lumiĂšre, Ă  la recherche d’une quelconque silhouette.

— Achevez-le j’ordonne, avant qu’un de ces abrutis d’humains ne commence Ă  filmer par sa fenĂȘtre.

Avec le dĂ©veloppement d’internet et des rĂ©seaux sociaux, ce nouveau phĂ©nomĂšne est devenu un flĂ©au depuis quelques dĂ©cennies. Et bien que les autres et moi-mĂȘme soyons en mode tĂ©nĂšbres, invisibles aux yeux des humains lambdas, les coups qu’on porte durant nos attaques sont enregistrĂ©s par leurs foutues appareils. Les vidĂ©os d’attaques fantĂŽmes sont particuliĂšrement populaires et attirent une attention non dĂ©sirĂ©e sur notre existence.

Mes comparses obĂ©issent donc fissa. Nul besoin de s’y mettre Ă  quatre pour dĂ©chiqueter le pauvre connard du soir. Mais plus on est de fous, mieux on s’amuse. Ses derniers hurlements se changent en gargouillis Ă©tranglĂ©s quand il se fait arracher la gorge.

Un voile de fumĂ©e noire s’Ă©chappe de son corps inerte ; l’Ăąme promise Ă  notre maĂźtre. Elle est aspirĂ©e au sol et s’Ă©vapore, arrivant sans doute Ă  bon port avant que mes subordonnĂ©s ne finissent d’Ă©ventrer la carcasse.

— Beau travail, les gars. On traüne pas.

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