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4–6 minutes

Parfum épicé

Je me rĂ©veille au bord d’une route, la tĂȘte douloureuse comme si un troupeau d’Ă©lĂ©phants avait dansĂ© le Kuduro dessus.

Mon esprit oscille entre somnolence et inconscience, je lutte pour Ă©merger du brouillard qui m’engloutit encore.

Petit Ă  petit, mes pensĂ©es retrouvent un semblant de clartĂ©. Le souvenir brutal de l’impact refait surface, ravivant une frustration cuisante. Je grogne, tente de me redresser, mais un Ă©clair de douleur me traverse.

Un glapissement m’Ă©chappe.

Merde, j’ai encore mal.

Je n’ai aucune idĂ©e du temps que j’ai passĂ© inconscient, exposĂ© Ă  la vue de tous. Il fait encore nuit. Peut-ĂȘtre que ce n’Ă©tait que quelques minutes. Mon corps a dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  se rĂ©gĂ©nĂ©rer, mais je suis trop amochĂ© pour me fondre dans les tĂ©nĂšbres ou ouvrir un passage vers l’Enfer.

Quoique, mĂȘme si j’en avais la force, je le ferais pas. Pas aprĂšs m’ĂȘtre fait percuter comme un vulgaire clĂ©bard errant… Si les autres crĂ©atures infernales l’apprennent, je vais en entendre parler pendant les deux prochaines dĂ©cennies. Et je suis un putain d’Alpha !

Je peux pas me permettre cette position de faiblesse, au risque de perdre mon autoritĂ© en plus de ma fiertĂ©. Mes blessures se refermeront en quelques heures, mais l’humiliation, elle, mettra des lustres Ă  disparaĂźtre.

Assez pensĂ© Ă  ces conneries. Je dois dĂ©jĂ  gĂ©rer l’urgence.

Incapable de me relever pour chercher un abri, je me résigne à adopter une forme plus discrÚte.

Un chien terrestre ? Ça me paraĂźt le choix le moins dĂ©gradant.

AllongĂ© sur le flanc, je gronde et serre les mĂąchoires en sentant mes os brisĂ©s muter. La transformation, dĂ©jĂ  un effort mental colossal, devient une torture physique. Mon corps proteste, chaque nerf en feu. Je douille comme jamais auparavant. J’ai le tĂȘte qui tourne, et…

.

Putain… Je me suis Ă©vanoui.

Encore !

La rage m’envahit par vagues. Ces foutus humains et leurs machines de merde ! Avec leur vacarme et leurs carcasses de fer meurtriĂšres, ces voitures ont tout d’un engin infernal.

Mes pensĂ©es dĂ©rivent vers mon maĂźtre, vers ma raison d’ĂȘtre, celle de ma prĂ©sence sur cette Ăźle de malheur…

Mes paupiĂšres s’alourdissent. Le sommeil me gagne de nouveau. Puis un bruit me ramĂšne Ă  la rĂ©alitĂ©.

Un pas, suivi d’un autre.

Quelqu’un approche.

L’odeur me frappe en premier.

Humaine.

Je me fais violence pour redresser la tĂȘte, prĂȘt Ă  user de mes derniĂšres forces pour attaquer. Puis je le vois. Il avance lentement vers moi.

Tous crocs dehors, je grogne furieusement. Langage universel, le message est donc clair. L’humain ralentit, mais ne renonce pas. Il lance d’une voix grave feutrĂ©e :

— Hey, tout doux mon beau. Je ne compte pas te faire de mal.

Il ne me fera aucun mal si je lui saute Ă  la gorge ! C’est ce qui l’attend s’il s’entĂȘte Ă  s’approcher.

— Bon sang, t’as l’air bien amochĂ©.

Bravo pour la déduction, Charlock !

— Allez, calme-toi.

Le type, un noir Ă  la silhouette athlĂ©tique, s’agenouille Ă  une distance qui souligne une certaine prudence.

Je renforce mes avertissements, bien dĂ©cidĂ© Ă  le faire fuir. Mes grognements et mes aboiements de sommation redoublent. L’effort diffuse ma douleur dans toutes les fibres de mon corps. Mais l’humain ne sourcille pas. Au contraire, il m’interrompt en me jetant une couverture sur la tĂȘte.

Putain, je vais le buter !

— Pardon pour la mĂ©thode, mais je tiens Ă  mes doigts.

Je compte t’arracher bien plus que ça, connard !

Puisant dans mes rĂ©serves, je me redresse douloureusement. MĂȘme chancelant, je me dĂ©bats comme un beau diable pour me dĂ©barrasser de ce foutu tissu. Jusqu’Ă  ce que le sac de viande m’attrape et me soulĂšve par surprise.

Beaucoup trop facilement.

Une humiliation de plus ! Si j’avais ma taille normale, il m’aurait jamais touchĂ©. Je lui aurais pas laissĂ© cette occasion.

Je parviens Ă  le griffer, mais suis trop faible pour me libĂ©rer. Il continue Ă  dĂ©blatĂ©rer ses bobards pour m’amadouer. Mais rien Ă  foutre ! Je me dĂ©bats comme un damnĂ©, puisque je le suis, et m’Ă©puise inĂ©vitablement.

Mes grognements se muent en rĂąles de frustration. J’ai plus la force d’amorcer le moindre mouvement quand l’humain me sĂ©questre sur le siĂšge avant de sa caisse. Il me sangle, sans doute avec la ceinture de sĂ©curitĂ©, retire la couverture de ma tĂȘte et ose planter son regard dans le mien.

— Pauvre bĂȘte, tu dois ĂȘtre dĂ©boussolĂ© en plus de souffrir le martyr. Je comprends que tu sois effrayĂ©.

Je t’emmerde, barbaque ambulante…

GonflĂ© par cette vulnĂ©rabilitĂ© inhabituelle, je dĂ©tourne les yeux, le souffle court. Il ferme la portiĂšre et je l’entends faire le tour de sa voiture avant de prendre place cĂŽtĂ© conducteur.

Je suis en rogne d’avoir Ă©tĂ© capturĂ© par un foutu humain, mais je sais qu’il ne me fera rien. Pas tant que je reste sous cette forme. Mon espĂšce flaire les relents des mensonges et des mauvaises intentions. Aussi bien que la naĂŻvetĂ© et l’innocence. Celui-lĂ  dĂ©gage rien de tout ça.

Il sent… un mĂ©lange entĂȘtant. Une odeur musquĂ©e de puissance, avec une note Ă©picĂ©e caractĂ©ristique des humains avides de sexe.

J’aime l’odeur du sexe.

Je me concentre dessus et m’autorise Ă  me reposer alors qu’il met le moteur en marche.

DĂšs que je me sentirai mieux, je me sortirai de ce bourbier.

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