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3–4 minutes

Affamé

Un frisson de satisfaction me parcourt l’Ă©chine.

À pas feutrĂ©s, j’avance dans l’ombre et surplombe l’humain endormi. Il est paisible. Ses bras en vrac encadrent sa tĂȘte et sa peau sombre, magnifique, luit par endroits sous la faible lumiĂšre que les fenĂȘtres laissent filtrer dans la piĂšce.

Un filet de ma bave lui dĂ©gouline sur le visage. Inconscient du danger, il gigote un peu et s’essuie la joue, mais ne se rĂ©veille pas.

Instinct de survie : zéro.

Un grondement sourd roule dans ma gorge. Son manque de rĂ©action me rappelle la façon Ă©trangement calme dont il m’a enlevĂ©. Son niveau d’adrĂ©naline n’a quasiment pas fluctuĂ©.

Certains humains ont une dĂ©ficience de la peur. C’est rare. Peut-ĂȘtre est-ce son cas. Ça expliquerait une aura si puissante.

Bon, seulement en partie. Les humains ont des fumets caractĂ©ristiques selon leurs origines, leurs personnalitĂ©s, ou la situation ; peur, excitation… ll est aussi possible qu’il soit le descendant trĂšs Ă©loignĂ© d’un quelconque hybride, ou d’un humain ayant eu des capacitĂ©s surnaturelles plus haut dans sa lignĂ©e.

Anormalement curieux Ă  son Ă©gard, je m’abaisse et le renifle. D’abord son visage anguleux, puis les poils de son torse nu. Je suis tentĂ© de lĂ©cher ses abdominaux et toutes les courbes de son ventre parfaitement sculptĂ©. Son corps pousserait n’importe qui Ă  signer pour la damnation, mais je ne perçois rien qui confirme mes hypothĂšses.

EnivrĂ©, j’approche mon museau de son pubis et le sent Ă  travers son vĂȘtement. Son odeur virile est si grisante que je frĂ©mis d’excitation.

Je salive, mon estomac gargouille. Je pourrais dĂ©vorer ce mec, lĂ , maintenant. Il n’aurait mĂȘme pas le temps de rĂ©agir. Mais ce serait trop facile pour ĂȘtre jouissif.

Et puis… il m’intrigue.

Beaucoup trop pour mourir comme n’importe quel autre insignifiant.

Lui, il a voulu m’aider.

MĂȘme si je n’avais aucun besoin de sa charitĂ©, l’intention Ă©tait lĂ . SincĂšre. Les humains sont intrinsĂšquement Ă©goĂŻstes. Mais cet incomprĂ©hensible syndrome du sauveur confĂšre Ă  certains d’entre eux une complexitĂ© fascinante. Je suis prĂȘt Ă  l’admettre.

Je me demande futilement comment celui-ci aurait rĂ©agi si j’avais Ă©tĂ© sous ma vraie forme quand il m’a trouvĂ© sur le bord de la route.

Se serait-il chié dessus, comme la plupart des Hommes devant qui je me présente dans toute ma splendeur ?

Aurait-il tentĂ© de m’achever ? Par peur, ou par dĂ©goĂ»t…

Les Chiens de l’Enfer sont prĂ©visibles, fiables. La plupart des crĂ©atures de la nuit ont des comportements rationnels, basĂ©s sur leur nature. Mais ces humains… Si certaines tendances prĂ©valent chez eux, on ne peut jamais prĂ©voir leur rĂ©action Ă  100%.

— Aubrey ! As-tu l’intention de dormir toute la journĂ©e ?

Cette vieille voix féminine fuse et brise le silence.

Un sursaut me traverse. AbsorbĂ© par mon Ă©trange trouvaille, je n’ai pas entendu l’humaine approcher.

L’Ă©tat d’alerte me hĂ©risse les poils. Je ravale le juron qui me monte Ă  l’esprit et plonge au sol, babines retroussĂ©es, mes yeux fauves rivĂ©s sur la porte qui menace de s’ouvrir d’un instant Ă  l’autre.

— Debout, mon garçon, insiste-t-elle depuis l’autre cĂŽtĂ©. Il est dĂ©jĂ  sept heures. C’est la nuit qu’on est censĂ© dormir.

Mes muscles sont tendus. L’adrĂ©naline pulse dans mes veines. MĂ©dusĂ©, je rĂ©alise qu’il fait effectivement jour dehors.

L’homme grogne et se retourne dans son lit. D’un mouvement vif, je m’Ă©lance vers une des fenĂȘtres que j’ai repĂ©rĂ©es Ă  mon arrivĂ©e. PrĂȘt Ă  me tirer de lĂ  avant qu’il ne se rĂ©veille.

Les bruissements de draps attirent mon attention quand il se redresse en position assise. Je lui jette un dernier regard alors qu’il marmonne en s’Ă©tirant :

— Je ne suis pas une de tes poules, mamie.

— Sors de ce lit et viens m’aider, Aubrey !

Aubrey… C’est donc ainsi qu’il se nomme.

Mon regard s’attarde une fraction de seconde sur son visage grimaçant, puis glisse sur son corps alanguis hautement appĂ©tissant.

Sois heureux que je te laisse le loisir de poursuivre le cours de ton existence, Aubrey des Îles de Guadeloupe.

IntriguĂ© par l’Ă©cho de ma voix, sorti de nulle part, il fronce des sourcils et tourne la tĂȘte en direction de la fenĂȘtre.

Le sachant incapable de me voir, je retiens un rire moqueur et m’exfiltre enfin de sa chambre Ă  la lumiĂšre naissante du matin.

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