… et prĂ©dation
Le parasite se plante Ă aux cĂŽtĂ©s de mon humain. Trop proche Ă mon goĂ»t. J’arrive Ă leur hauteur en grandes foulĂ©es alors qu’il va poser son cul sur un des siĂšges alignĂ©s devant le maĂźtre des boissons. Ma main empoigne son Ă©paule. Je la tire en arriĂšre et le retourne de force.
Son regard furieux cherche le mien. Pour seul avertissement, je fixe froidement cet insignifiant. Il comprend qu’il a intĂ©rĂȘt Ă se tirer sans mĂȘme que j’ai Ă illuminer mes yeux de leur lueur infernale.
Le sans couille ose Ă peine lancer un regard Ă Aubrey avant de disparaitre de mon champ de vision. Une fois certain qu’il a dĂ©campĂ©, je me retourne face Ă mon humain.
AccoudĂ© au bois du comptoir, il m’observe. Un sourire fend son visage quand il capte mon regard.
â RĂšglement de compte ?
Son attitude dĂ©tendue et sa voix grave dĂ©clenchent une vague d’excitation qui court dans tout mon corps.
Je m’assois sur le siĂšge libre Ă cĂŽtĂ© de lui et rĂ©ponds :
â C’Ă©tait juste pas un mec pour toi.
AmusĂ©, il hausse un sourcil. Puis il se penche vers moi, pensant sans doute devoir crier pour que je l’entende au milieu de tout ce bruit.
â Ah oui ? Et pourquoi donc ? Ăclaire moi sur le sujet.
Sa chaleur, sa testostĂ©rone et la note Ă©picĂ©e de son aura entĂȘtante m’enveloppent. SurexcitĂ©, je sors les crocs, tentĂ© de le mordre et enfin le goĂ»ter.
Il se redresse avant que j’agisse et rĂ©ceptionne le verre qu’on lui sert, sans me lĂącher une seconde de ses yeux sombres effrontĂ©s.
Je sais son ouĂŻe plus faible que la mienne, alors je me penche Ă mon tour vers son oreille.
â Il te faut un mĂąle alpha, pas une couille molle. Et je peux t’assurer que d’ici la fin de la soirĂ©e, je t’aurai donnĂ© trois orgasmes.
Le sang afflue toujours aussi tranquillement dans ses veines. Il éclate de rire, un son grave et maßtrisé qui fait écho droit dans ma pine.
Ses doigts fermes accrochent mon cou, m’empĂȘchant de reculer, et il rĂ©torque :
â Des promesses enflammĂ©es Ă des inconnus… Est-ce à ça qu’on reconnait les vrais mĂąles alphas, selon toi ?
RĂ©sistant Ă la tentation qu’est sa chair offerte, je tourne le visage et souffle contre sa joue :
â D’une maniĂšre ou d’une autre, tu gĂ©miras bientĂŽt mon nom en boucle. On ne sera plus des inconnus.
Il me lĂąche et se recule avec un nouveau rire moqueur. Ses yeux profonds me jaugent. Je devine qu’il n’a absolument pas conscience qu’on s’est dĂ©jĂ rencontrĂ©s. Il aime juste ce petit jeu.
Son attitude, beaucoup moins intĂ©ressĂ©e que le soir oĂč il m’a trouvĂ© au bord de la route, me titille. Il me rĂ©siste malgrĂ© la curiositĂ© que je fais naĂźtre chez lui. Mais je lui laisserai pas le choix. Dans tous les cas, il est Ă mon menu ce soir. S’il refuse le coĂŻt, je le crĂšverait.
Ma gueule s’Ă©tire en un sourire carnassier quand il reprend :
â Et tu t’appelles comment ?
â Khaleel.
â OK, moi c’est Aubrey. T’es pas d’ici, hein ?
Sa remarque me surprend. J’ai copiĂ© l’apparence d’un des humains de cette Ăźle. Un grand, costaud, Ă peau foncĂ©e et typĂ© hindou, avec plein de poils Ă©pais sur le visage mais aussi la tĂȘte. Et entiĂšrement noirs, comme ma fourrure. Il me plaisait, alors je l’ai guettĂ© et je suis entrĂ© chez lui pour me prĂ©parer.
Je demande donc avec un grand intĂ©rĂȘt :
â Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
â Eh bien… Tu maĂźtrises trĂšs bien le français, mais j’ai l’impression que c’est pas ta langue maternelle. Et je parie que tu ne parles pas un mot de crĂ©ole. T’as la hardiesse de l’homme antillais, mais pas l’accent.
Je souris en coin. Malgré son ignorance, cet humain est plutÎt malin.
â Je suis de passage en Guadeloupe avec des collĂšgues pour une courte pĂ©riode.
Il opine et continue :
â Tu viens d’oĂč ?
â D’une contrĂ©e lointaine d’Afrique du Sud.
Mensonge.
Les Chiens de l’Enfer sont créés Ă partir d’Ăąmes damnĂ©es de crĂ©atures terrestres ; vampires, lycans, humains ou leurs hybrides… qu’importe. Mais je n’ai plus aucun souvenir de mes origines, ni de ma vie d’avant.
Pourtant, j’ai rĂ©pondu sans hĂ©siter.
En plus d’ĂȘtre le berceau de l’humanitĂ©, ces terres sont le point de dĂ©part d’une multitude de cultures. Au fil du temps, que je m’adresse Ă des AmĂ©ricains, des Latinos, des MaghrĂ©bins, des Arabes ou des EuropĂ©ens, le simple fait de mentionner l’Afrique a toujours suscitĂ© de l’intĂ©rĂȘt.
Aubrey hoche Ă nouveau la tĂȘte et demande en sirotant son verre :
â T’as eu le temps de visiter notre archipel ?
â Pas tant que ça. Tu te proposes comme guide privĂ© ? Y’a au moins une spĂ©cialitĂ© guadeloupĂ©enne que je suis impatient de goĂ»ter.
Son sourire devient salace.
â OK, « mĂąle Alpha ». T’as pas froid aux yeux. Tu vas droit au but… De rares qualitĂ©s, que j’apprĂ©cie grandement.
Il me dévore à présent du regard.
Cet humain est en apparence tranquille, mais son aura m’Ă©voque toujours une grande puissance.
Il a quelque chose de spĂ©cial. Ăa, jâen suis persuadĂ©.
Je le suis depuis douze lunes. Je connais ses routines. La journĂ©e, il aide deux humains que je suppose ĂȘtre ses parents avec les tĂąches de leur terrain agricole. Il assiste aussi la vieille sorciĂšre qu’il visite souvent dans l’entretien de sa maison et de son bĂ©tail. Sinon, il sort faire du sport et d’autres trucs nul Ă chier auxquels s’occupent les humains… Le soir, il baise, se branle quand aucun cul ne se propose Ă lui, lit des bouquins ou se repose.
J’arrive pas Ă piger ce qui le rend si diffĂ©rent ! Au fond, je m’en fous un peu. Y’a qu’une chose qui m’intĂ©resse. Donc je m’approche encore. Cette fois, je soutiens son regard pendant que je glisse la patte entre ses cuisses. Je tĂąte sa chair ferme par-dessus le tissu rĂȘche de son vĂȘtement.
â T’apprĂ©cies quoi d’autre, chez moi ?
Il reste silencieux quelques secondes, oĂč il me dĂ©taille avec ses yeux intenses, et finit par rĂ©pondre.
â Mis Ă part ton physique attrayant et ton humour, tu dĂ©gages quelque chose de sauvage.
Il termine son verre et se lÚve. Les yeux ancrés aux miens, il affiche ensuite un rictus au coin de ses lÚvres.
â J’ai un endroit Ă te montrer. Je crois que ça te plaira.
Toujours aussi confiant, il passe devant sans mĂȘme attendre ma rĂ©ponse. Ce qui fait gronder le mĂąle dominant que je suis.
Je me lĂšve Ă sa suite et le dĂ©vore des yeux pendant qu’il avance au milieu des autres. L’appel du sexe est partout autour de moi, mais c’est lui qui capte tout mon dĂ©sir. Je tends une patte et lui claque les fesses. Il me jette un coup d’Ćil amusĂ© par-dessus son Ă©paule, avant de se retourner pour m’attirer Ă lui par le col.
Ses lĂšvres dĂ©vient vers mon cou, oĂč il crie :
â On a les mains baladeuses par chez toi, Ă ce que je vois. Tu penses ĂȘtre capable de les garder dans tes poches le temps du trajet ?
Je me penche à son oreille, saisis sa croupe à deux mains et respire ses effluves épicés à pleins poumons.
â Pour ĂȘtre honnĂȘte, je suis mĂȘme pas sĂ»r de garder ma queue dans mon vĂȘtement bien longtemps… Tu vas devoir me tenir occupĂ©, si tu veux pas que je fasse de bĂȘtises.
â Je suis sĂ»r qu’on va trouver quelque chose.
Il se dégage, un éclat de luxure imprimé dans son regard assuré.
Je lui retourne son rictus joueur.
On va bien s’amuser. Je le sens.
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Note : L’Afrique du Sud reconnaĂźt 11 langues officielles, parmi elles, l’anglais, l’afrikaans (issu du nĂ©erlandais, parlĂ© par les Blancs afrikaners et certains MĂ©tis) et le Zoulou (langue la plus parlĂ©e comme langue maternelle).
Le français n’en fait pas partie, mais plusieurs autres pays d’Afrique le parlent (aux cĂŽtĂ©s de beaucoup d’autres langues) Ă cause de leur histoire coloniale.
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