Chapitre 43

43 | 𝔹𝕣𝕦̂𝕝𝕖𝕣 𝕖𝕟 𝕖𝕟𝕗𝕖𝕣

10–15 minutes

À cette heure-ci, la piscine municipale est déjà fermée au public. Je passe alors par l’entrée arrière dont parle souvent Eliakim.

L’odeur familière de l’eau chlorée s’accentue tandis que je rejoins la zone des bassins. Bien que la porte de service soit déverrouillée, toutes les lumières sont éteintes. Normalement, le dernier cours d’aquagym senior s’est terminé à 17 h 30 et je sais qu’Akim nage un peu après avoir bouclé la maintenance des locaux. Pourtant, aucune trace de lui. Je cherche les vestiaires d’un coup d’œil circulaire et m’y dirige à pas tranquilles. Là, je le trouve, seul devant les casiers.

Sentant certainement ma présence, Eliakim détourne son attention de ses affaires et m’accroche du regard.

— Séra ? Salut, lance-t-il d’un ton neutre trahissant à peine son étonnement.

Assailli par la gêne de débarquer alors qu’il s’apprête à s’habiller, je m’efforce de sourire.

— Salut.

— Que fais-tu ici ?

Cette question, tout à fait légitime, me prend au dépourvu. Quant à son léger froncement de sourcils, il me crispe plus que de raison.

— Euh… J’ai… Je me suis dit que j’allais passer te chercher, puisque ta trottinette t’a lâché.

— Oh, c’est sympathique de ta part. Merci.

— De rien. Paraît que je suis la bonté incarnée, plaisanté-je bêtement.

— Ah oui ? s’amuse Akim pour donner le change.

Il me fixe, sourire aux lèvres, et son air joueur me donne un coup de chaud. Je déglutis en m’exhortant de garder mes yeux au niveau des siens pour ne pas céder à la tentation de les laisser caresser son corps et me racle la gorge avant de reprendre :

— Ça fait déjà un moment que je t’attends dehors, et tu ne répondais plus à mes messages, alors j’ai…

« … eu la superbe idée de venir voir ce qui te prenait autant de temps. »

Cette phrase sonne déjà assez bizarre dans ma tête pour que je la prononce à haute voix.

— Enfin, peu importe. Désolé de t’avoir interrompu. Je vais te laisser t’habiller tranquillement.

Mon cafouillage à peine conclu, je tourne les talons, pressé de quitter la pièce.

— Séra, m’interpelle Akim, la voix aussi douce que du velours.

L’entendre m’appeler ainsi recouvre toujours mon corps d’une vague de frissons. Je me retourne, le cœur battant un peu plus fort à chaque pulsation. Ce coup-ci, c’est inévitable. Mon regard glisse sur sa peau nue, seulement couverte par la serviette nouée autour de ses hanches.

En temps normal, la nudité en elle-même est loin de m’évoquer quoi que ce soit d’ambigu. Mais, en ce moment, quand il s’agit d’Eliakim…

Inclinant la tête sur le côté, il demande :

— Combien de temps allons-nous continuer ce petit jeu ?

Je ravale difficilement un hoquet de surprise.

— Je… ne suis pas sûr de saisir de quoi tu parles.

Son léger sourire s’étire. Il pose le t-shirt qu’il tenait en main dans son casier, qu’il ferme avant d’y appuyer son épaule. Son regard se fait ensuite plus sérieux.

— N’en as-tu pas assez de mentir, Séraphin ? Non seulement aux autres, mais surtout à toi-même ?

Un soupir de frustration remonte dans ma gorge sèche. J’écarte les bras en secouant la tête.

— Écoutes, je ne sais pas trop ce que tu veux que je te dise. T’as fait tes choix et, maintenant, on est beaux-frères. Ressentir autre chose qu’un attachement familial envers toi serait déplacé.

— Déplacé selon qui ? souffle-t-il en se redressant subitement. N’oublie pas que seul le Seigneur a l’autorité de juger ses enfants. Je doute qu’il réprouve ce que nous ressentons l’un envers l’autre.

Cet aveu spontané quant à ses sentiments, quant à nos sentiments, suffirait à me déstabiliser si je n’étais pas autant sur mes gardes.

— Y’a aucun doute à avoir. Je suis absolument sûr que nos proches auront une autre approche de la situation.

— Qu’importe ! s’emporte-t-il sous mes yeux incrédules, avant de reprendre d’un ton plus calme. Tu as raison sur un point, j’ai fait un choix, et il ne se passe pas un seul jour sans que je ne le regrette.

Il poursuit en avançant vers moi.

— Je nous ai déjà abandonnés une fois. Je ne veux plus d’une vie dans le déni ni d’une vie sans toi.

— Eliakim… soufflé-je en reculant de quelques pas alors qu’il arrive à ma hauteur.

Ma dérobade ne l’arrête pas.

— Souviens-toi de l’époque où j’étais tout pour toi. Nous étions heureux et insouciants, nous pourrions le redevenir. N’en as-tu vraiment aucune envie ?

Plus que son murmure incertain, ses yeux brillants soulignent à quel point cette possibilité l’attriste. Mon cœur se serre face à son air quémandeur, mais je ne peux plus nourrir de faux espoirs.

— On n’est plus des gosses. Et puis, c’était déjà pas simple à cette époque, ça ne le sera pas plus aujourd’hui.

— Je le sais, mais… Ne me fuis plus.

Akim tend les bras et empoigne mon t-shirt à pleines mains. Je suis saisi d’une stupeur plus grande encore lorsqu’il se presse contre mon buste après m’avoir attiré à lui.

— Je t’en supplie, Séra, souffle-t-il en posant le front sur ma clavicule. Ne m’abandonne plus.

Sa supplique fait écho dans ma tête, jusqu’à résonner dans mon cœur. Je referme les bras autour de ses épaules sans réfléchir et presse ma joue contre sa tempe.

J’ai beau savoir que rien de sensé ne suivra ce rapprochement, je ne me résigne pas à nous laisser dans une telle détresse.

— Je suis là, Akim.

— Tu m’as tellement manqué.

Il se pelotonne contre mon torse, ses mots chatouillent agréablement la peau de mon cou, et mon étreinte ne devient que plus tendre.

Nos regards s’accrochent encore lorsqu’il lève la tête. Comprenant que je n’ai plus d’autre choix que de me confronter à mes sentiments, j’effleure sa nuque d’une main qui remonte ensuite épouser l’arrondi de son crâne.

Au diable le bon sens.

Mes lèvres entrouvertes happent son souffle fiévreux lorsque je me penche en avant. L’espace entre nos bouches se réduit dangereusement. Akim pourrait se soustraire de ma prise à tout moment, mais n’en fait rien. Nos lèvres se rapprochent au ralenti et, enfin, se touchent.

Ma bouche s’emboîte à la sienne avec une douceur nostalgique. Puis, tout s’accélère.

Dès l’instant où nos langues se redécouvrent, Eliakim me ravage la bouche. Semblant animé par l’ardeur qui nous caractérisait jadis, il ramène mes mains sur ses hanches et agrippe encore mon haut pour me tirer plus étroitement contre lui.

Tout aussi avide de contact, je serre ses hanches entre mes doigts. Ma lutte intérieure contre l’envie de décrocher d’un coup sec la serviette qui s’y enroule fait rage quand Eliakim me lâche d’une main. Rompant notre baiser, il s’empare du coin qui maintient le tissu en place et, comme s’il lisait mes pensées, il tire dessus. Ses yeux noisette ne ratent pas une miette de ma réaction, tandis que la serviette humide choit le long de ses cuisses. Je me pince les lèvres, admiratif lorsque son seul vêtement tombe à nos pieds. Akim l’enjambe avec un sourire victorieux et me pousse à reculer sans plus tergiverser.

Je me retrouve assez vite dos plaqué sur un des murs remplis de casiers, où Akim m’assaille de nouveaux baisers enflammés. Je ne suis cependant pas en reste.

Un bras autour de sa taille, et une main accrochée à une de ses fesses, je dévore voracement ses lèvres. Ma bouche avide quitte ensuite la sienne pour déguster sa peau satinée. Il soupire de bien-être en penchant la tête sur le côté. Je profite de ce moment d’abandon et inverse nos positions d’un tour de reins.

L’instant d’après, le rire adorable d’Eliakim s’élève dans le calme de la pièce. Il reste gentiment appuyé contre les casiers alors que j’emprisonne ses poignets, que je remonte au-dessus de sa tête.

— Tu aimes ce que tu vois ? demande-t-il alors que je m’accorde le plaisir de le contempler tout entier.

— À ton avis ?

— Eh bien, je pense que m’observer est ta nouvelle lubie depuis quelque temps. Ne plus avoir à t’en cacher doit être un énorme soulagement.

Son regard franc n’a plus rien d’hésitant. J’esquisse un léger sourire.

— Je ne te connaissais pas ce côté présomptueux.

— Je qualifierais plutôt cela d’audace.

— C’est vrai que c’est visiblement pas ce que qui te manque, m’amusé-je en me penchant vers lui. Ça me plaît.

— Quelle surprise, sourit-il, les yeux toujours ancrés aux miens.

Son assurance achève de m’exciter. Je capture à nouveau ses lèvres, que je ne délaisse que pour embrasser les lignes tentatrices de son cou. Il enroule les bras autour de mes épaules tandis que je descends lécher son buste. Ses gémissements appréciateurs comblent le silence quand je mordille un à un ses tétons durcis. Son souffle devient lourd lorsque j’entreprends de laisser un sillon de baisers brûlants le long du tracé central de ses abdominaux, jusqu’à son aine. Je m’agenouille ensuite devant lui, ses doigts se referment contre le col de mon haut pendant que mon nez se perd dans les poils sombres qui entourent son sexe. Je saisis machinalement ses hanches et m’enivre sans retenue de son odeur, bien qu’elle soit atténuée par des effluves de gel douche.

Les yeux levés vers son visage pour en capter chaque frémissement, j’entoure sa verge de mes doigts et la caresse d’une poigne délicate. Les lèvres d’Eliakim s’entrouvrent sous l’effet du plaisir et ma langue cède bien vite à l’envie de rejoindre ma main. Elle remonte voracement sur toute la longueur de son pénis. Je lape volontiers le nectar transparent qui perle de son gland. Il a le goût exquis de l’interdit.

— Stop, halète Akim, les muscles tremblants.

Il me repousse, la tête baissée comme pour reprendre son souffle, ou ses esprits.

Peut-être que tout ça va trop vite pour lui.

Peut-être se rend-il compte que, finalement, ce n’est pas ce qu’il veut.

Figé au sol, j’attends un mot ou un geste de sa part. Il finit par se redresser, mais je suis toujours aussi largué puisqu’il se dirige vers la structure au centre des vestiaires. Je m’attends à le voir s’y asseoir, dépité d’avoir cédé à ses pulsions. Ma mâchoire se décroche presque de surprise lorsqu’il pose son pied sur le long banc double qui traverse la pièce.

Je reste en admiration devant cette vue, aussi excitante qu’inattendue : Akim, cambré sur un putain de banc dans les vestiaires de la piscine où il effectue ses travaux d’intérêt général. Un de mes fantasmes les plus inavouables.

— Séra ? appelle-t-il d’une voix suave en agrippant une des barres de la structure pour rester en équilibre alors qu’il tourne le regard vers l’arrière.

— Oui, haleté-je. Je suis toujours là.

— Alors ne me fais pas languir.

Envahi d’émotions en pêle-mêle, j’approche et m’exécute avant que ce soit ma foutue raison qui ne reprenne le dessus et m’impose le contrôle de mes actes.

Je crois bien que je ne m’étais plus senti ainsi depuis le lycée. Il est le seul à réveiller en moi ce sentiment d’impatience fébrile. Je déboucle ma ceinture et détache les boutons de mon jean à vitesse grand V. Un soupir de soulagement m’échappe lorsque je libère enfin mon sexe de sa prison de tissu. Je saisis Akim par les épaules et le tire en arrière pour mieux l’étreindre. Il enlace mes doigts et gémit doucement tandis que je glisse entre ses fesses mon gland humide de pré-cum. Je fais plusieurs allers-retours pour l’émoustiller, embrasse son dos et sa nuque. Les râles étouffés qui me parviennent indiquent que je touche au but. C’est cependant loin de suffire à le préparer. Je m’accroupis alors derrière lui et remplace mon sexe par ma langue.

Eliakim hoquète de surprise, avant de faciliter mon entreprise en écartant une de ses fesses de sa main libre. Je le sens vibrer à chaque coup de langue, et finis par me redresser lorsqu’il réclame plus que l’ajout de mes doigts en lui.

— Tu me rends complètement fou, susurré-je dans son cou.

— C’est réciproque, souffle-t-il, accroché à mes poignets.

Il presse son corps contre le mien. Je passe un bras en travers de son torse et cale ma main autour de sa gorge. De l’autre, je guide mon sexe et le pénètre doucement. Je me délecte des légers bruits qui s’échappent de ses lèvres alors que j’avance jusqu’à la garde. Lorsque mon bassin épouse la forme de ses fesses, je murmure à son oreille.

— Maintenant, c’est toi qui contrôles.

La tête renversée en arrière sur mon épaule, Akim frisonne dans mes bras. Il prend le temps de s’ajuster à mon entrée, et j’attends sagement qu’il soit prêt à bouger.

Lorsqu’il commence ses coups de reins, je vois presque des étoiles. La mélodie entêtante de ses gémissements s’accroît, portée par le bruit de claquement de son fessier galbé contre mon bassin.

Son hardiesse me donne le tournis.

Mains crispées autour de ses hanches, tête rejetée en arrière, j’éjacule dans la chaleur accueillante de son corps.

Mon orgasme est si puissant qu’un carillon bruyant résonne dans ma tête. Hors d’haleine, je reste avachi sur le dos d’Eliakim.

Loin de se dissiper, le bruit des cloches ne fait que s’amplifier, jusqu’à devenir un vacarme assourdissant.

Je me redresse en sursaut, l’esprit en vrac.

Le début de migraine qui me guette me tire une grimace, je plisse les yeux malgré l’absence de lumière. Ça me prend un moment pour reprendre mes repères dans la pénombre, mais je finis par reconnaître le mobilier familier de ma chambre entre mes paupières mi-closes.

Mon grognement matinal remonte du fond de ma gorge. Je repousse le PC calé contre ma hanche, soulève les divers éléments d’enquête éparpillés sur mon lit et retourne mes oreillers pour retrouver ce foutu téléphone.

— Bon sang ! Il est où ?

Je le sens enfin sous ma cuisse, planqué sous le drap. Je coupe cette saloperie d’alarme et balance le téléphone sur le lit après un rapide coup d’œil à la date.

Exténué par ma courte nuit, j’ai bien envie de me rallonger. Mais une sensation d’humidité sur mon jogging me fait baisser les yeux.

Sourcils froncés, je fixe la tache sombre sur le tissu. Seulement alors, des souvenirs flous me remontent à l’esprit.

Par réflexe, je glisse une main sous l’élastique de mon bas de pyjama. Mes doigts se couvrent de sperme tiède, un juron m’échappe.

Je me laisse retomber sur l’oreiller avec un soupir dépité, incapable de me souvenir depuis quand je n’avais plus joui dans mon sommeil.

Non que ça m’étonne franchement. Je n’ai rien fait pour libérer ma tension sexuelle depuis des mois. Il fallait bien que mon corps trouve un moyen de décompresser sans mon concours. Mais, que ça arrive en rêvant de lui

Je me renfrogne une fois de plus à cette idée.

Finalement, ma prof de catéchisme avait peut-être raison, mes vices m’enverront brûler en enfer.

Finalement, ma prof de catéchisme avait peut-être raison, mes vices m'enverront brûler en enfer

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