Catégorie : Liés par l’Enfer

  • 13 | 𝖁𝖎𝖊𝖎𝖑𝖑𝖊 𝖛𝖎𝖑𝖑𝖊

    6–10 minutes

    Vieille ville

    Cette nuit, on traque le damné à Orléans.

    Je suis arrivé par une forêt et parti en repérage pour trouver un endroit discret où ouvrir un portail.

    Ces quais déserts, plongés dans l’obscurité, me paraissent une bonne option. On est en plein cœur de la ville, ça nous évitera de courir pendant des plombes.

    Positionné face à l’eau, j’écarte les pattes et griffe le sol. L’air autour de moi s’alourdit, se charge de poussière et forme un nuage qui explose au-dessus de la surface plane.

    L’ombre de mon large portail efface le reflet lumineux de la lune. Les quatre membres de la meute jaillissent des ténèbres un par un. Leurs corps agiles se détendent au-dessus de l’eau et atterrissent silencieusement sur les quais.

    Une fois au complet, je referme le tourbillon obscur qui flotte au-dessus de l’eau et lance :

    Ce soir, on fait ça vite fait. J’ai pas envie de traîner des lustres dans ce vieux patelin.

    La rapidité avec laquelle je trace après être passé dans l’ombre souligne mon impatience. Les autres font de même et  s’élancent à ma suite vers le centre ville.

    Les Français ont un goût fade ! Donc ça me va.

    — Ouais ! Putain, je me rappelle encore de la chair tendre et épicée du Vénézuélien de l’autre jour. Pourquoi on n’a pas un délice pareil tous les soirs ?

    — Tu sais très bien que c’est à la meute des forêts du Nord que le maître donne les meilleurs damnés.

    Tu vas te faire détruire s’il t’entends le critiquer, ricane l’autre femelle.

    Je dis ce qui est !

    Je me fous de leurs jérémiades. Elles se superposent en arrière-plan dans mon esprit. La meute continue à fendre les rues de la ville à toute allure. Ses bâtiments anciens, auxquels s’accordent les plus récents, défilent en vision périphérique.

    Je cours en tête, là où est ma place. Masqués par les ténèbres, on slalome aisément entre les rares créatures terrestres et voitures qui sillonnent encore les rues de la ville à cette heure tardive. Je fais un écart pour éviter une de ces longues machines de métal qui roulent sur des rails, et on bifurque vers la grande place d’une immense cathédrale.

    Les lieux consacrés nous sont inaccessibles. Ils nous brûlent la chair au moindre contact, pareil pour les objets. Les autres et moi, on éclate donc notre formation en V pour contourner ce maudit bâtiment de mes deux.  

    Son énergie consacrée irradie et me hérisse les poils. Ce frisson d’inconfort se propage dans la meute, soulevant une certaine irritation.

    Je m’arrêterais pisser dessus si on avait ce temps.

    Les autres grognent leur approbation et ajoutent leurs propres insultes. L’acidité qui nous ronge ne fait que se renforcer. Je lève le museau en l’air.

    Mes cordes vocales vibrent, ma gueule s’ouvre en grand et je pousse un hurlement horrifique. Il résonne dans tous le quartier.

    Sujets au même énervement, les autres répondent à mon cri dans un écho aux promesses de mort.

    Les humains sur notre passage sursautent et s’affolent. Malgré notre avancée rapide, je sens le fumet excitant de la peur se répandre dans l’air.

    Un sourire fend ma face.

    Je prends toujours un malin plaisir à semer la terreur parmi les habitants de la Terre. Mais je dois avouer qu’en ce moment, j’ai beaucoup plus stimulant pour me distraire : Aubrey, mon obsession des Îles de Guadeloupe. Je suis pressé de tuer le connard du soir et d’enfin aller le rejoindre.

    Je l’observe toutes les nuits, ça fait déjà une vingtaine de lunes terrestres que je le monte.

    Les fois où j’arrive à me contrôler, je lui accorde quelques soirs de répit pour que son anus se remette de mes passages. Je m’assure de le malmener assez pour qu’il soit plus rien qu’à moi, mais je veux pas l’abîmer.

    Pas si vite.

    Donc, bien sûr, je baise des chiennes infernales ou des démons entre-temps. Aubrey est tellement appétissant, et son aura si entêtante, que je pourrais le posséder jusqu’à le saigner à blanc si je me déchaîne pas dans d’autres culs.

    Un frisson macabre me traverse à cette idée. Ma bite tressaille.

    — Ben alors, Khaleel, l’idée de bouffer du vieux schnock t’excite à fond on dirait !

    — Autant que celle de t’arracher la jugulaire.

    Leurs rires moqueurs éclatent et je m’efforce de me concentrer.

    On arrive enfin sur la propriété du client. Un artisto d’une vielle famille bourgeoise. Il a signé pour éviter la disparition de sa lignée et doit ce soir payer sa dette à notre maître en prenant un aller simple pour l’Enfer. La meute encercle la demeure. Nos hurlements lugubres s’élèvent à nouveau, annonçant notre présence menaçante au damné. Pourtant, l’heure arrive et l’aristo retarde le rendez-vous.

    Cette couille molle pense sans doute avoir tout prévu en entourant son domaine de hautes clôtures en fer. C’est sous-estimer la détente d’un chien de l’Enfer. Je lance l’ordre de pénétrer la zone et on passe cet obstacle sans effort. Une fois à l’intérieur du terrain, force est de constater que l’humain a fait appel à des protections plus puissantes pour nous empêcher de pénétrer la bâtisse.

    Je commence à perdre patience et arpente la cour en cercles, scannant l’intérieur avec une attention accrue pour repérer la moindre chaleur corporelle. Dès que je trouve la signature énergétique du damné dans une des pièces de l’étage, je crache dans son esprit :

    Tu pourras pas te planquer éternellement, trou duc. On reviendra toutes les nuits et on montera la garde le jour s’il te faut. Autant éviter de nous faire chier et accepter d’être déchiqueté dès ce soir. 

    C’est pas comme si on leur laissait pas le choix !

    Si ces insignifiants avaient assez de cran pour se suicider, comme convenu dans les termes de leurs contacts, ils échapperaient à la sentence de nos crocs.

    Je m’en plains pas, je suis conçu pour tuer. C’est ma raison de vivre et j’adore ça. Mais ça me fout en rogne que ces enflures, qui s’agenouillent volontiers devant mon maître, cherchent à le niquer en se barricadant derrière des protections anti-démon dès qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent.

    D’une façon ou d’une autre, mon maître jouira de ton âme, saleté d’humain. Si tu sors pas de cette baraque maintenant, je vais m’assurer que tu crèves le plus douloureusement possible.

    Je te boufferai vivant, et je prendrai mon temps… Crois-moi, tu vas regretter de pas t’être tranché les veines quand t’en as eu l’occasion.

    Du mouvement se fait sentir dans la maison.

    Ah, quelqu’un sort !

    J’ai remarqué.

    Je m’agace, parce que j’en ai ras le cul de poireauter. Je suis tiraillé entre l’envie de le buter illico pour en finir ou lui infliger souffrance et douleur jusqu’à ce qu’il me supplie de mettre fin à sa misérable existence.

    La porte en bois massif au milieu de la façade s’ouvre. Mon irritation se propage dans les veines de la meute, dominant la confusion qui se soulève chez les autres.

    Un des mâles finit par geindre :

    C’est le damné, tu crois ?

    Une des femelles répond à ma place.

    — Comment tu veux qu’il sache ? Khaleel est Alpha, pas devin. Et cet humain ne sent pas l’Enfer.

    Elle dit vrai, il ne sent rien qui puisse nous aiguiller.

    Seules quelques effluves aux notes huilées émanent de l’homme qui sort de la maison, une large capuche noire sur la tête.

    On fait quoi, Khaleel ?

    Stand-by et observation.

    Mon ton est aussi tendu que mon corps et mes yeux ne quittent plus l’humain.

    Il descend les quelques marches de l’entrée à pas lents. Son bras se lève progressivement devant lui et il tend un poing autour duquel s’enroule une ficelle. Sortant un un livre épais de sous sa grande veste sombre, il ouvre la main. Une amulette gravée de lettres hénokéennes en tombe et pend sous mes yeux méfiants.

    Mon cerveau se met à carburer à plein régime.

    Je veux savoir qui est ce connard ! L’hénokéen n’est une des langues des démons que parce que Lucifer l’a volé aux anges. Ce qui en fait une arme redoutable. Il le sera, lui aussi, s’il parvient à la manipuler…

    Je vois l’amulette vibrer quand l’humain commence à psalmodier. J’aperçois aussi ses lèvres bouger dans l’ombre de sa capuche. Mais, jusqu’à ce qu’il avance de quelques pas, il marmonne trop bas pour que je comprenne ce qu’il dit.

    Per Potentiam Creatricem, dispersi sint hi inimici…*

    Foutrement confiant, il approche. Sa voix se précise et je pige vite que cette sous-merde récite une un psaume de bannissement latin !

    Mes muscles deviennent mous. Mes pattes faiblissent. Je me sens défaillir et manque de m’écrouler sous le poids de ces maudits mots.

    Un grognement profond m’échappe.

    L’espace d’une seconde, je me demande pourquoi Diable notre crétin de damné a fait appel à ce type. Il pourra pas sauver son âme, elle appartenait déjà à mon maître dès la signature du pacte de sang !

    Mais les humains sont des créatures vicieuses, lâches et mesquines. Prêtes à tenter l’impossible si ça peut rompre leurs engagements.

    Tous crocs dehors, je gronde, enragé :

    — Butez-moi cette saloperie d’exorciste !

    ___

    Traduction : « Par la Puissance Créatrice, que ces ennemis soient dispersés… »

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 12 | 𝕻𝖔𝖘𝖘𝖊́𝖉𝖊́ 𝖆̀ 𝖒𝖎𝖓𝖚𝖎𝖙

    4–7 minutes

    Possédé à minuit

    [TW – rapport sexuel violent]

    Cette fois, je m’assure de tenir ma chose imprévisible pour qu’elle ne m’échappe plus. Peu importe que j’exagère la force nécessaire.

    Mes doigts s’enfoncent dans sa peau et ma queue dans ses chairs. Aubrey reste tranquille, je le pénètre jusqu’à la garde. La substance grasse à l’odeur infecte dont est badigeonnée sa foutue capote doit aider. Il grimace un peu de douleur, mais c’est seulement quand je commence à le baiser que son corps se crispe et se remet à bourdonner.

    Son souffle et son rythme cardiaque s’emballent, leurs bruits plus légers noyés sous le claquement sauvage de ma peau contre la sienne. Son sang cogne dans ses veines, son sexe contre l’intérieur ses cuisses. Aubrey contracte les mâchoires, les poings serrés sur la roche contre laquelle je le pilonne. Ses plaintes étouffées me parviennent au milieu des remous bruyants de l’eau dans laquelle trempent nos jambes, mais à aucun moment il ne proteste.

    Certains humains prennent un malin plaisir à être brutalisés. J’ai plus un seul doute quant au fait qu’il soit de ceux-là.

    Une fois ajusté à mes coups de reins, il se détend. Son anus se relâche. Ma bite y glisse comme un croc dans de la chair bien juteuse et ses râles de douleurs se changent en gémissements. Je sens son être tout entier vibrer de plaisir à chaque assaut.

    Prenant appui sur le rocher, Aubrey cherche à reprendre le contrôle. Il bouge les hanches d’avant en arrière, à vive allure, et s’empale sur ma pine à son propre rythme. Je l’attrape par la gorge et l’attire contre mon buste. Le nez derrière son oreille, je le respire à plein poumons et soupire :

    — Tu te retiens de geindre mon nom. Je le sens.

    Sa pomme d’Adam monte et descend dans le creux de sa main tandis qu’il déglutit. Puis il murmure d’une voix haletante :

    — Je vais pas t’offrir ça en plus de mon cul. Tu vas devoir le mériter.

    Agacé par sa grande gueule, je le pousse une nouvelle fois et le retourne à la volée. Il lâche un hoquet de douleur quand mon sexe se déloge de son anneau de chair. Je laisse pas l’occasion à ce son de se transformer en cri. Mes doigts se referment contre sa gorge et je le plaque durement contre la pierre. Les siens s’enroulent autour de mon poignet dans une tentative vaine et me faire lâcher prise.

    Il se peut que mes yeux rougeoient encore furtivement. Cette manie de toujours résister m’enrage ! Mais en même temps, l’insubordination de cet humain aux os si frêles m’excite.

    À présent, il doit avoir pigé que je pourrais lui briser la nuque sans efforts. Pourtant, son attitude ne change en rien. Il continue à me fixer d’un regard défiant, un sourire au coin des lèvres pour appuyer son insolence.

    Je suis pas venu avec l’intention de le crever ce soir, mais, si ça se produit, ce sera entièrement de sa faute.

    La main toujours serrée autour de son cou, je lui écarte les jambes et me plante au milieu. Après avoir repositionné la protection le long de mon sexe, je recommence à le sodomiser. Il grimace encore et se mord la lèvre. La violence de mes à-coups le secouent. Les frottements de sa peau sur le rocher dans son dos lui éraflent l’épiderme. Ceux de ma bite aggravent les microfissures dans ses chairs. L’odeur subtile de son sang flotte autour de nous, venant se superposer au parfum grisant de sa sueur et du fluide visqueux qui dégouline de son gland.

    À mesure qu’il se branle, ses grognements s’intensifient et deviennent des gémissements réjouit.

    — Manman, Zendien, ou ka bay sa rèd.*

    Je pige que dalle à ce qu’il souffle entre ses dents. Il doit s’oublier à parler sa langue régionale. Cette sonorité étrangère envoûtante m’excite encore plus. Elle donne une saveur plus brute au coït.

    Je me penche vers son visage et lui lèche les lèvres avant de souffler :

    — C’est bon ? Y’a assez de mérite à ton goût ?

    Les traits plissés de plaisir, il hoche la tête.

    — Oui… T’arrêtes pas, Khaleel.

    L’entendre chuchoter mon prénom d’une voix si suave n’est qu’une infime satisfaction.

    Je veux le soumettre totalement. Le faire souffrir, au moins autant que je le fais jouir. Alors mes assauts ne faiblissent pas. Je le tamponne jusqu’à ce que son corps se tende à nouveau. Sa respiration se hache, son abdomen se contracte, ses testicules se resserrent… Il arque le dos et rejette la tête en arrière, les doigts crispés autour de sa verge. Et son sperme jaillit enfin, en plusieurs petites giclées translucides qui coulent ensuite sur sa main.

    L’écho de mes derniers coups de bassin résonne sèchement dans l’air. Je me retire et me débarrasse du bout de plastoc souillé avec une grimace de dégoût.

    Sa sensation collante et ses crissements étaient aussi désagréables que son odeur chimique.

    Mon regard revient vite sur Aubrey, que je tiens toujours en position. Son cœur continue une course effrénée, et sa poitrine se soulève à un rythme tout aussi irrégulier, mais ses muscles se relâchent. La fatigue s’abat sur son visage, le rendant inexpressif. Ses jambes ramollissent et se desserrent de mes hanches. Je parie qu’il s’écroulera dans l’eau si je le lâche.

    Manquerait plus qu’il se chope une infection.

    Poussant un soupir blasé, je lui soulève le bras. Je charge son corps engourdit sur mon épaule sans plus y réfléchir et le porte aisément hors de l’eau.

    Arrivé au bord, je le dépose à même le sol et me casse aussi sec. Il est complètement HS, il me servira plus à rien cette nuit. Ni celles qui viennent.

    Je m’éloigne alors de la rivière sans me retourner, un sourire victorieux aux lèvres. La satisfaction de savoir que l’humain se rappellera longtemps de mon passage me tire un frisson. Je m’ébroue machinalement, m’étire un peu et saute derrière un arbuste.

    Quelques secondes plus tard, j’arpente de nouveau la Terre sous ma vraie forme et me fond dans l’ombre.

    Il me faut une bonne balade pour calmer ce qu’il me reste d’excitation avant mon retour en Enfer.

    ___

    Traduction idiomatique : « Putain, t’y vas fort » – dans ce contexte, la remarque est appréciative et encourage à continuer. « Zendien » est le surnom que les Guadeloupéens donnent à tous les mecs typés indiens.

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 11 | 𝕱𝖆𝖎𝖒 𝖉𝖊́𝖛𝖔𝖗𝖆𝖓𝖙𝖊

    4–6 minutes

    Faim dévorante

    Un pic d’excitation me traverse face à ses provocations. La malice dans les yeux sûrs d’Aubrey se change instantanément en curiosité.

    Je sais pas si les miens ont rougeoyé l’espace d’une seconde, ni s’il l’a remarqué.

    Peut-être bien que oui.

    Il incline la tête sur le côté. Je sens le frison qui le parcourt, ses poils se hérissent. Une chose est sûre, c’est pas juste l’effet de l’eau froide. Mais j’ai l’impression que sa surprise refait rapidement place à l’excitation.

    Cet humain-là m’a pas l’air con. Le scintillement incontrôlé de mes iris lui a peut-être bel et bien évoqué ma condition de créature surnaturelle. Je suis à peu près sûr qu’il se demande en ce moment même ce que je pourrais être. Le voir se remettre à sourire, sans prendre ses jambes à son cou, renforce tout l’intérêt qu’il me suscite.

    Mon Aubrey des Îles de Guadeloupe.

    Si énigmatique.

    Si appétissant.

    Appelé par la chaleur de son corps en rut, je patauge à mon tour dans la flotte et avance jusqu’à ce que ma poitrine soit dedans. J’irai pas plus loin.

    Je sais nager, mais pas comme les humains. Alors j’ordonne :

    — Viens ici.

    Mon autorité le fait encore sourire, pas pour très longtemps. Je compte bien lui faire ravaler cet air confiant. Il nage vers moi sans contestation et s’arrête à quelques centimètres de mon visage.

    — Tu veux me montrer à quel point t’es féroce ? souffle-t-il.

    Son ton reste joueur. Ses yeux sombres ne quittent pas les miens. Je gronde et saisis machinalement sa mâchoire. Ses jambes puissantes s’enroulent autour de mes hanches en réponse. Il manœuvre pour plaquer son bassin et son buste contre mon corps, tendu par mon instinct de prédation. J’aime pas particulièrement l’eau, mais sentir ma bite flotter dans le léger courant qui caresse ma peau est agréable. Additionné à ça, l’attitude docile d’Aubrey achève d’effacer l’irritation que soulèvent ses provocations incessantes. Au lieu de lui arracher la jugulaire d’un coup de crocs, je pose ma langue contre sa veine et la lèche.

    Aubrey penche la tête pour me laisser faire, sa peau pulsant contre la mienne en battements rapides. En recherche d’équilibre, il entoure mes épaules d’un bras avant de plonger sa main libre sous l’eau. Lèvres pincées, il commence à se branler. Son bassin s’active. Habile, il s’aligne de façon à ce que mon sexe roule au milieu de sa raie poilue.

    Je lâche son visage et empoigne ses fesses charnues à pleines mains. C’est bien l’occasion durant laquelle je trouve la forme de ces deux membres supérieurs la plus utile. Emporté par ses propres vapeurs, Aubrey cherche ma bouche et y enfonce sa langue. Je constate que même sa salive est bonne. Il y manque pourtant un petit quelque chose. N’écoutant que mon envie, je mordille sa lèvre inférieure et la fend.

    Surpris par mon entaille, qu’il sait volontaire, Aubrey sursaute. Il ricane contre mes lèvres, mais ne s’écarte pas. Le goût de son sang se mêle à notre échange, le rendant encore plus savoureux. Je l’attire étroitement contre moi et imite à la perfection ses mouvements de langue hargneux. Puisque je le maintenant à la surface, son bras quitte mes épaules. Il immerge sa deuxième main et masse ma verge en la pressant entre ses fesses. Déjà bien dur, je gémis doucement dans sa bouche avant de m’en séparer.

    — Assez joué.

    Ma voix claque dans le calme de la nuit.

    Je le repousse, seulement pour mieux le retourner, et le rattrape par la nuque d’une poigne ferme. Je le cambre, mais il parvient à se dégager sans que je m’y attende.

    Tout en nageant vers le bord, il se tourne vers moi. Comme si le sourire moqueur qu’il me lance suffisait pas, il lâche :

    — Patience, le grand méchant.

    V’là qu’il recommence à me gonfler !

    Je suis tenté de plonger en avant et de l’enfoncer dans les rochers en reprenant ma forme originelle. Le frisson d’avant transformation me chatouille de corps. Aubrey fait bien de pas me lâcher des yeux avant d’atteindre le bord de cette putain de rivière. Il ne se retourne que pour sortir de l’eau. Distrait par les reflets de la faible lumière sur sa peau sombre et les gouttes qui ruissellent le long de son corps, je reste à l’observer. Il s’en va fouiller dans ses vêtements et me montre un petit carré que je contemple avec réticence.

    — Tu viens ?

    Je ravale un grognement.

    L’attachement des humains à cet accessoire ridicule ne cesse de changer en fonction des époques. À mon humble avis, une espèce assez fragile pour tomber malade après un banal coït mérite l’éradication des plus faibles par sélection naturelle. M’enfin, en revenant dans l’eau se pencher contre un rocher de taille moyenne, jambes écartées et cul offert, mon humain intrépide me présente aussi un argument qui dissuade de tergiverser.

    Je le rejoins lentement, ralenti par la résistance de la flotte autour de mes membres inférieurs. Quand il me sent arriver derrière lui, il se retourne et m’accroche du regard.

    — Approche, susurre-t-il. Je commence à te cerner, tu dois être du genre à déchirer les capotes avec tes dents.

    Il baisse les yeux vers ma bite, sans attendre une autre réaction de ma part que la coopération. Son souffle chaud s’abat sur la peau de mon buste tellement on est proches. Je hume son odeur entêtante et remonte les mains sur ses flancs. Il pompe un peu mon pénis, avant de le recouvrir de son morceau de plastique inutile. Dès que c’est fait, je le retourne et le penche à nouveau. Il s’exécute, sans plus résister.

    Sage de sa part, parce que j’arrive à bout de patience.

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  • 10 | 𝕲𝖗𝖆𝖓𝖉 𝖒𝖊́𝖈𝖍𝖆𝖓𝖙 𝖑𝖔𝖚𝖕

    4–7 minutes

    Grand méchant loup

    Quand les vibrations de la voiture diminuent, la queue de mon obsession est enfoncée bien profond dans ma gorge.

    Aubrey coupe le contact et glisse sa main dans mes longs poils noirs, qu’il serre d’une bonne poigne. Ses ondulations de bassin contre ma face marquent le rythme de cette pipe. Prêt à le sucer jusqu’à la moelle, j’accepte volontiers. Ses râles roques remplacent les ronronnements du moteur. S’y mêle le frottement de son cul nu sur le tissu rêche du siège.

    Je lui pompe la bite comme un possédé. Il arque le dos en gémissant. Son plaisir coule par petites gouttes sur ma langue. Un vrai délice. La concentration de ses effluves dans l’habitacle clos stimule un max mes sens. Tout ça me fait presque tourner la tête, mais pas au point de le laisser s’accaparer le contrôle de la situation. J’arrête solidement son poignet et me redresse quand il tente d’enrouler ses doigts autour de ma gorge. Je me libère facilement de sa faible prise dans mes poils. Ses yeux débordant de luxure trouvent les miens dans la pénombre.

    Son souffle, chaotique, les battements effrénés de son cœur et le sang qui cogne dans ses veines comblent un instant le silence relatif. Puis il propose avec un léger sourire :

    — On descend ?

    Un rictus carnassier pour seule réponse, je m’exécute.

    C’est la deuxième fois que je me retrouve sur le siège passager du petit humain au parfum épicé. Ce coup-ci, tout est différent. J’ouvre la portière et descends de moi-même, debout sur deux foutues jambes.

    J’étire mes quatre membres par habitude et prend une grande inspiration. Cette goulée d’air frais me fait du bien, mais je préfère largement intoxiquer mon système nerveux de son odeur.

    Quitte à en vriller.

    Un sourire fend mon visage alors qu’il fait le tour de sa caisse. Ses vêtements frôlent sa peau et tintent très légèrement pendant qu’il les remonte. J’en profite pour détailler vite fait la zone boisée isolée dans laquelle il nous a paumés.

    En plus des chuintements de ses fringues et de la forêt qui nous entoure, je perçois le bruit d’un cours d’eau. Elle est douce, vu l’odeur fraîche un peu terreuse. Quant à la baraque fade dressée devant nous, elle fait tâche dans ce paysage sauvage. Je reporte le regard vers Aubrey, qui me rejoint enfin de mon côté de la voiture.

    — C’est ça, l’endroit qui est censé me plaire ?

    Il scrute mon air dépité et retient un rire.

    — Ce domaine est celui d’un ami. La villa est en location saisonnière, et comme il n’habite pas la Guadeloupe, je me charge parfois de gérer l’arrivée des clients qui la réservent. Son emplacement est discret, alors j’y invite aussi les hommes que je rencontre. Mais toi, on dirait bien que tu te fiches qu’elle soit moderne ou luxueuse.

    — Complètement.

    — Tu as le mérite d’être honnête.

    Ma réponse a finit par le faire marrer. J’ai pas l’intention de jacqueter avec lui toute la nuit, alors je me tourne et l’accroche par les hanches. Yeux dans les yeux, je le tire jusqu’à ce que ma pine gonflée soit pressée contre la sienne à travers ses vêtements mal ajustés.

    — C’est pas ma seule qualité.

    Il affiche un sourire en coin.

    — Je demande qu’à voir. Le petit coin de paradis où je veux t’emmener est par ici. Allons-y.

    Aubrey se dégage et s’éloigne à pas tranquilles. De nouveau, comme au club de débauche, il prend les devants. Confiant quant au fait que je le suive docilement. Cette assurance qui émane de lui m’irrite presque autant qu’elle m’attire. Impatient de marquer sa chair, de lui rappeler son statut de proie, je me mets en mouvement. J’arrive vite derrière lui et marche aisément dans son sillage à travers les racines et les rochers qui jonchent le sol dénivelé.

    L’odeur fraîche et terreuse se renforce. Cet endroit qu’il voulait tant me montrer, c’est qu’une banale rivière de flotte. Leur lune blafarde est restée cachée au loin. Ses rayons clairs filtrent à travers le feuillage serré des arbres et touchent la surface réfléchissante de l’eau. Prêt à l’action, Aubrey ne cherche pas à savoir si son « petit coin de paradis » est à mon goût. Il se dévêtit sans cérémonie.

    Je lorgne les formes nerveuses de son corps. Passant de son dos aux muscles bombés, à sa croupe galbée. Il me jette un bref regard et entre dans l’eau sans un mot. Je me débarrasse à mon tour des vêtements qui me couvrent tandis qu’il s’enfonce entre les gros rochers qui bordent la rivière.

    Les clapotis de sa nage lente complètent la musique nocturne de la forêt. Il admire ma carrure tout en s’éloignant progressivement vers le centre, plus profond, où ses pieds ne touchent plus le sol tapissé de pierres et de feuilles mortes. Je fronce les sourcils en percevant une certaine déception.

    — Quoi, ma bite te plaît pas ?

    Mon ton n’évoque en rien une rigolade. Pourtant, le petit humain sourit.

    — Disons que ce n’est pas ce à quoi je m’attendais… Mais, tu sais bien, l’important n’est pas la taille. C’est ce que tu sais en faire.

    Son air lubrique encore imprégné sur son visage, il me défie du regard.

    Une vibration sourde remonte dans ma poitrine. Cet effronté aime beaucoup trop jouer avec le feu.

    Sous ma forme originelle, je mesure bien deux mètres de haut et trois en longueur. J’ignore combien de pénis humains il faudrait additionner pour obtenir le calibre du mien. En toute logique, je pouvais pas en garder la taille. Et, j’ai beau m’en gaver, j’ai qu’une vague idée des normes anatomiques de cette espèce poids plume. Je voulais pas risquer de lui retourner les intestins en le baisant. J’aurais peut-être dû m’en foutre !

    Je choisis tout de même de continuer à parler au lieu de grogner en réponse. Ou presque.

    — T’as aucune idée de tout le mal que je pourrais te faire.

    — Ah oui ?

    Il rit grassement.

    — Ça sonne presque comme la menace d’un prédateur.

    — J’en suis un.

    — OK, s’esclaffe-t-il à nouveau. T’as de la gueule, et tu me fais bien rire. Mais je crois qu’il est temps de montrer ce que tu vaux. Viens me rejoindre, Mâle Alpha, on verra si t’es si dangereux que tu le penses.

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 9 | … 𝖊𝖙 𝖕𝖗é𝖉𝖆𝖙𝖎𝖔𝖓

    6–8 minutes

    … et prédation

    Le parasite se plante à aux côtés de mon humain. Trop proche à mon goût. J’arrive à leur hauteur en grandes foulées alors qu’il va poser son cul sur un des sièges alignés devant le maître des boissons. Ma main empoigne son épaule. Je la tire en arrière et le retourne de force.

    Son regard furieux cherche le mien. Pour seul avertissement, je fixe froidement cet insignifiant. Il comprend qu’il a intérêt à se tirer sans même que j’ai à illuminer mes yeux de leur lueur infernale.

    Le sans couille ose à peine lancer un regard à Aubrey avant de disparaitre de mon champ de vision. Une fois certain qu’il a décampé, je me retourne face à mon humain.

    Accoudé au bois du comptoir, il m’observe. Un sourire fend son visage quand il capte mon regard.

    — Règlement de compte ?

    Son attitude détendue et sa voix grave déclenchent une vague d’excitation qui court dans tout mon corps.

    Je m’assois sur le siège libre à côté de lui et réponds :

    — C’était juste pas un mec pour toi.

    Amusé, il hausse un sourcil. Puis il se penche vers moi, pensant sans doute devoir crier pour que je l’entende au milieu de tout ce bruit.

    — Ah oui ? Et pourquoi donc ? Éclaire moi sur le sujet.

    Sa chaleur, sa testostérone et la note épicée de son aura entêtante m’enveloppent. Surexcité, je sors les crocs, tenté de le mordre et enfin le goûter.

    Il se redresse avant que j’agisse et réceptionne le verre qu’on lui sert, sans me lâcher une seconde de ses yeux sombres effrontés.

    Je sais son ouïe plus faible que la mienne, alors je me penche à mon tour vers son oreille.

    — Il te faut un mâle alpha, pas une couille molle. Et je peux t’assurer que d’ici la fin de la soirée, je t’aurai donné trois orgasmes.

    Le sang afflue toujours aussi tranquillement dans ses veines. Il éclate de rire, un son grave et maîtrisé qui fait écho droit dans ma pine.

    Ses doigts fermes accrochent mon cou, m’empêchant de reculer, et il rétorque :

    — Des promesses enflammées à des inconnus… Est-ce à ça qu’on reconnait les vrais mâles alphas, selon toi ?

    Résistant à la tentation qu’est sa chair offerte, je tourne le visage et souffle contre sa joue :

    — D’une manière ou d’une autre, tu gémiras bientôt mon nom en boucle. On ne sera plus des inconnus.

    Il me lâche et se recule avec un nouveau rire moqueur. Ses yeux profonds me jaugent. Je devine qu’il n’a absolument pas conscience qu’on s’est déjà rencontrés. Il aime juste ce petit jeu.

    Son attitude, beaucoup moins intéressée que le soir où il m’a trouvé au bord de la route, me titille. Il me résiste malgré la curiosité que je fais naître chez lui. Mais je lui laisserai pas le choix. Dans tous les cas, il est à mon menu ce soir. S’il refuse le coït, je le crèverait.

    Ma gueule s’étire en un sourire carnassier quand il reprend :

    — Et tu t’appelles comment ?

    — Khaleel.

    — OK, moi c’est Aubrey. T’es pas d’ici, hein ?

    Sa remarque me surprend. J’ai copié l’apparence d’un des humains de cette île. Un grand, costaud, à peau foncée et typé hindou, avec plein de poils épais sur le visage mais aussi la tête. Et entièrement noirs, comme ma fourrure. Il me plaisait, alors je l’ai guetté et je suis entré chez lui pour me préparer.

    Je demande donc avec un grand intérêt :

    — Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

    — Eh bien… Tu maîtrises très bien le français, mais j’ai l’impression que c’est pas ta langue maternelle. Et je parie que tu ne parles pas un mot de créole. T’as la hardiesse de l’homme antillais, mais pas l’accent.

    Je souris en coin. Malgré son ignorance, cet humain est plutôt malin.

    — Je suis de passage en Guadeloupe avec des collègues pour une courte période.

    Il opine et continue :

    — Tu viens d’où ?

    — D’une contrée lointaine d’Afrique du Sud.

    Mensonge.

    Les Chiens de l’Enfer sont créés à partir d’âmes damnées de créatures terrestres ; vampires, lycans, humains ou leurs hybrides… qu’importe. Mais je n’ai plus aucun souvenir de mes origines, ni de ma vie d’avant.

    Pourtant, j’ai répondu sans hésiter.

    En plus d’être le berceau de l’humanité, ces terres sont le point de départ d’une multitude de cultures. Au fil du temps, que je m’adresse à des Américains, des Latinos, des Maghrébins, des Arabes ou des Européens, le simple fait de mentionner l’Afrique a toujours suscité de l’intérêt.

    Aubrey hoche à nouveau la tête et demande en sirotant son verre :

    — T’as eu le temps de visiter notre archipel ?

    — Pas tant que ça. Tu te proposes comme guide privé ? Y’a au moins une spécialité guadeloupéenne que je suis impatient de goûter.

    Son sourire devient salace.

    — OK, « mâle Alpha ». T’as pas froid aux yeux. Tu vas droit au but… De rares qualités, que j’apprécie grandement.

    Il me dévore à présent du regard.

    Cet humain est en apparence tranquille, mais son aura m’évoque toujours une grande puissance.

    Il a quelque chose de spécial. Ça, j’en suis persuadé.

    Je le suis depuis douze lunes. Je connais ses routines. La journée, il aide deux humains que je suppose être ses parents avec les tâches de leur terrain agricole. Il assiste aussi la vieille sorcière qu’il visite souvent dans l’entretien de sa maison et de son bétail. Sinon, il sort faire du sport et d’autres trucs nul à chier auxquels s’occupent les humains… Le soir, il baise, se branle quand aucun cul ne se propose à lui, lit des bouquins ou se repose.

    J’arrive pas à piger ce qui le rend si différent ! Au fond, je m’en fous un peu. Y’a qu’une chose qui m’intéresse. Donc je m’approche encore. Cette fois, je soutiens son regard pendant que je glisse la patte entre ses cuisses. Je tâte sa chair ferme par-dessus le tissu rêche de son vêtement.

    — T’apprécies quoi d’autre, chez moi ?

    Il reste silencieux quelques secondes, où il me détaille avec ses yeux intenses, et finit par répondre.

    — Mis à part ton physique attrayant et ton humour, tu dégages quelque chose de sauvage.

    Il termine son verre et se lève. Les yeux ancrés aux miens, il affiche ensuite un rictus au coin de ses lèvres.

    — J’ai un endroit à te montrer. Je crois que ça te plaira.

    Toujours aussi confiant, il passe devant sans même attendre ma réponse. Ce qui fait gronder le mâle dominant que je suis.

    Je me lève à sa suite et le dévore des yeux pendant qu’il avance au milieu des autres. L’appel du sexe est partout autour de moi, mais c’est lui qui capte tout mon désir. Je tends une patte et lui claque les fesses. Il me jette un coup d’œil amusé par-dessus son épaule, avant de se retourner pour m’attirer à lui par le col.

    Ses lèvres dévient vers mon cou, où il crie :

    — On a les mains baladeuses par chez toi, à ce que je vois. Tu penses être capable de les garder dans tes poches le temps du trajet ?

    Je me penche à son oreille, saisis sa croupe à deux mains et respire ses effluves épicés à pleins poumons.

    — Pour être honnête, je suis même pas sûr de garder ma queue dans mon vêtement bien longtemps… Tu vas devoir me tenir occupé, si tu veux pas que je fasse de bêtises.

    — Je suis sûr qu’on va trouver quelque chose.

    Il se dégage, un éclat de luxure imprimé dans son regard assuré.

    Je lui retourne son rictus joueur.

    On va bien s’amuser. Je le sens.

    ___

    Note : L’Afrique du Sud reconnaît 11 langues officielles, parmi elles, l’anglais, l’afrikaans (issu du néerlandais, parlé par les Blancs afrikaners et certains Métis) et le Zoulou (langue la plus parlée comme langue maternelle).

    Le français n’en fait pas partie, mais plusieurs autres pays d’Afrique le parlent (aux côtés de beaucoup d’autres langues) à cause de leur histoire coloniale.

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 8 | 𝕷𝖚𝖝𝖚𝖗𝖊…

    4–5 minutes

    Luxure…

    Je passe entre les gens à pas lents, observant distraitement les corps qui bougent. Certains dansent sur une plateforme et s’exhibent de façon intéressante sous le regard d’une foule de mâles excités. D’autres se frottent comme s’ils étaient en rut et prêts à s’accoupler ici-même, dans un des coins le plus sombre ou sur un de ces nombreux sièges.

    Les flashs lumineux par intermittence me dérangent moyennement. Ma vision infernale ne me permet de voir que la chaleur et les tons allant du rouge au noir. Mon odorat et mon ouïe sont bien plus développées. Les mélanges de bruits sur lesquels ces créatures remuent sont d’ailleurs presque assourdissants, mais je suis habitué au chaos. Par contre, l’infinité d’odeurs de synthèse qui sature l’air de ce lieu de débauche me pique les naseaux ! Je comprends pas pourquoi les humains et les vampires adorent s’en couvrir, eux qui accordent une attention exacerbée à l’hygiène et la pureté.

    Incommodé, j’éternue et refreine de justesse mon réflexe de me secouer. Quelques une des personnes qui me croisent me regardent bizarrement. Je les toise en retour et continue d’avancer, une grimace de dégoût sur la face.

    Sans ma fourrure, toutes ces particules du monde terrestre s’accrochent directement à ma peau. Je me sens toujours poisseux quand je me métamorphose en bipède. Une sensation particulièrement désagréable. Mais comme disent les humains, la fin justifie les moyens.

    Je tire sur le col d’un des bouts de tissus que j’ai dû enfiler pour me balader parmi eux. Des vêtements, qu’ils appellent ça. Encore un des accessoires de leur monde qui semble tout droit sorti des entrailles de l’Enfer. L’odeur des produits étranges dont je me suis moi-même tartiné m’accroche aux narines et se mêle aux autres effluves ; l’air pollué d’alcool fort, de sueur, de semence et d’autres fluides sécrétés par ce condensé d’excitation.

    J’éternue une deuxième fois.

    Putain… Il est où, mon Aubrey ?

    C’est souvent ici qu’il vient chercher les mâles qu’il encule. Je l’ai pisté encore quelques nuits pour en être sûr. Et je compte plus le regarder de loin, en train de baiser toutes ces larves.

    Cette nuit, il sera à moi. Ou à personne.

    L’horreur que les terrestres appellent musique cogne contre mes tempes. Son rythme lourd et marqué m’inspire la cadence brute de coups de bassin acharnés. Je suis pas le seul, visiblement. Un des mecs que je croise plonge son regard bestial dans le mien. Malgré l’air saturé, je reconnais bien son odeur terreuse.

    Celle des loups.

    Je m’arrête et penche légèrement la tête. Un sourire vicieux s’affiche sur ses lèvres rosées. Ses petites mains accrochent le tissu qui me couvre, il presse son bassin contre ma cuisse et se hisse vers mon oreille.

    — Tu sens le canidé, mais… en plus féroce. T’es quoi au juste ?

    Il se redresse pour me regarder dans les yeux alors que je lâche :

    — Sans doute ton pire cauchemar.

    Son sourire lubrique s’élargit.

    — Je le saurais, si t’étais un abruti de loup-garou.

    — C’est pas ce que j’ai dit.

    Il fronce ses sourcils épais, avant de ricaner.

    — Si tu prétends être plus dangereux qu’eux, je demande à voir !

    Je me suis enfilé une ribambelle de lycanthropes, loups comme loups-garous, et jusqu’ici, aucun ne m’a déçu.

    Celui-ci est chétif, mais me plaît quand même.

    Le peu de tissu qui le couvre expose sa chair blême. Je lui saisit la croupe d’une main ferme. Il rit en se collant un peu plus à moi, puis me lèche le cou. Je lui attrape la gorge et passe ma langue sur mes crocs au lieu de mes babines. Une sensation qui me fait toujours assez bizarre. J’ai beau les utiliser au quotidien, je suis pas habitué à les toucher.

    Le sale goût sur mes canines me tire presque une grimace de dégoût. C’est celui de la pâte fade dont les humains se servent pour l’hygiène de leur gueule. J’en ai avalé une bonne quantité. C’était juste infect.

    L’eau avec laquelle je me suis rincé n’était pas mieux…

    Je scrute le visage soumis du petit lycan avec satisfaction. La dernière fois que j’ai pris forme humaine pour en monter un doit remonter à une décennie. Mais l’odeur de mouille et le regard dépravé de celui-ci crie qu’il a un besoin urgent de se prendre de bons coups de bite. Je déplace ma main pour tâter la sienne entre ses jambes quand un fumet plus familier détourne mon attention.

    Aubrey.

    Mes yeux suivent d’eux-mêmes son sillage. Je ne vois que son dos, mais je reconnaîtrais son corps et son aura entre mille. Il est passé à côté de nous et avance vers l’endroit où tous ces gens s’abreuvent.

    Visiblement, il n’est pas seul !

    Un grognement grossit dans ma poitrine et remonte dans ma gorge. Je repousse le lycan sans ménagement. Dépité, il me hurle après quand m’engage à leur poursuite.

    — Hé ! Où tu vas, connard ?

    Je pense même pas à le mater. Ma cible, c’est le nouveau parasite qui s’accroche à mon humain. 

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 7 | 𝕷𝖎𝖆𝖎𝖘𝖔𝖓 𝖉𝖆𝖓𝖌𝖊𝖗𝖊𝖚𝖘𝖊

    5–7 minutes

    Liaison dangereuse

    Le ronronnement du moteur s’arrête. Les feux s’éteignent, plongeant les alentours une obscurité seulement coupée par leur lune blafarde. Je trouve un point de vue confortable où m’allonger tandis que le spectacle commence.

    Installé sous un cocotier, les pattes avant croisées et la gueule entrouverte pour mieux récupérer de ma course, j’observe attentivement leurs silhouettes bouger. Elles se rapprochent dans la pénombre de l’habitacle du pick-up, se collent, puis s’emmêlent.

    J’ai aucun mal à imaginer ce qu’ils font. Pourtant, ça me fait chier.

    C’est pas pour mater des ombres chinoises que j’ai pris le risque d’encore me faire dégommer par une caisse.

    Un bâillement me décroche les mâchoires. Je m’ennuie… Mon regard glisse vers un raton laveur qui cavale dans les fourrés, ses trois petits à ses trousses. Je pose la tête sur mes pattes. Mon soupir blasé pousse les feuilles mortes sur le sol. L’idée d’aller leur foutre la trouille de leur vie pour me venger de me faire autant chier me traverse l’esprit. Mais, d’un coup, les portières claquent doucement.

    Je relève la tête, oreilles dressées pour mieux entendre les mots qui se calent entre leurs rires légers.

    — T’avais tout prévu, en fait.

    Le constat de l’autre humain tire à Aubrey un sourire à la con. Entendre sa voix grave vibrer dans l’air en réponse me titille à l’intérieur.

    — Si je te dis que ce n’est pas mon premier rodéo en pleine nature, tu seras surpris ?

    — C’est le contraire qui m’étonnerait !

    L’autre humain éclate de rire, l’attrape par la chemise et l’attire contre lui pour lui rouler une pelle.

    Ses mains baladeuses sont vite partout. Elles débarrassent Aubrey de la couverture qu’il tenait encore, tâtent ses pectoraux à travers son vêtement, entourent son cou, descendent saisir ses hanches…

    Mon attention reste sur mon obsession. Je sais que, lui aussi, il se fait chier. C’est pas juste à cause de son visage inexpressif. Sa salope du soir est chaude comme la braise, son niveau d’excitation de crève déjà le plafond. J’en capte la fade odeur, mais pas celle d’Aubrey.

    Je retiens un grognement déçu au fond de ma gorge. Les yeux d’Aubrey se braquent soudain dans ma direction, alors que son caniche en rut lui embrasse le cou. Ça m’étonne de le voir scruter l’ombre. Je capte le léger frémissement de ses poils, qui se dressent sur sa peau. Son regard fixe a quelque chose de curieux. Quelque chose qui laisse presque imaginer qu’il me voit.

    L’excitation soulevée par cette idée court le long de ma colonne vertébrale. Mais c’est impossible. À moins qu’il soit extra-lucide… et je le saurais, puisque les humains connectés à l’Au-delà dégagent une aura particulière.

    Cheveux-Longs regagne son attention en saisissant le bas de son visage.

    — Qu’est-ce que tu regardes par là-bas, mon beau ? Je suis juste ici, et je suis tout à toi.

    Il recule, ajuste la couverture sur le plateau du pick-up et y penche le haut de son corps tout en dénudant sa croupe. Il cale ensuite un pied sur une des barres latérales, plus que prêt à se faire fourrer.

    Mon obsession se détourne complètement et s’amuse à gifler le cul de son trou serré sur pieds.

    Il me tourne à présent le dos, et ça me tire un grondement. J’ai beau vouloir de l’action, j’apprécie moyen que ce connard insignifiant me vole l’intérêt de mon humain.

    Même sans avoir de capacité surnaturelle, Aubrey pourrait en fin de compte posséder une sorte de sixième sens. Peut-être un pressentiment inexplicable qui le sensibilise à ma présence.

    Un peu comme un animal de pâturage.

    Il baisse à son tour son pantalon, jusqu’à mi-cuisses. Et mon cerveau dégage tout le reste en second plan.

    Je ne perds plus une miette de ses mouvements. Il repousse les pans de sa chemise sur le côté. Son bassin avance lentement, bouge peu, dans un premier temps, puis s’active enfin, avec violence. Cheveux-Longs se retient pas de gueuler son plaisir à qui pourra l’entendre.

    Voir mon obsession piner un autre mâle me distrait bien, mais c’est le mélange entêtant de sa sueur et de ses hormones qui m’excite autant. Un courant électrique violent parcourt tous mes muscles, mes narines frémissent sous l’augmentation brutale de sa dopamine… Mon gland humide sort presque aussitôt de son fourreau. J’ai envie de me lécher, d’apaiser la tension sexuelle qui irradie mon corps. Mais Aubrey me garde accroché à ses coups de reins.

    Tapi dans les ténèbres, la pine gonflée et négligée, je me régale de la dépravation qui s’étale sous mes yeux. Le pick-up tangue, secoué par le rythme enragé de ses coups de bite. Les muscles fermes de ses fesses se contractent à chaque assaut. Ceux de son dos s’étirent et se crispent dans un enchaînement qui m’hypnotise.

    Le mélange fauve de testostérone, de semence et de sueur s’épaissit autour d’eux.

    Je plisse les narines, incommodé. Les effluves de mon humain se font toujours parasiter par l’autre. Ça devient insupportable !

    Mon museau se retrousse d’agacement. Les regarder forniquer ne fait plus que m’exciter, ça me fout aussi la rage.

    Je suis incapable de ressentir la jalousie. Ce qui me bouffe, c’est du désir.

    Un désir féroce de sang frais et de domination.

    J’en ai l’eau à la bouche rien que d’y penser.

    Leurs gémissements, leurs souffles erratiques, les vapeurs de leurs peaux moites, leurs odeurs et leurs claquements, enflamme mon bas-ventre. Je trépigne sur place, le corps bandé, presque incapable de résister à l’envie de jaillir de l’obscurité et prendre ma part.

    Je pourrais arracher la tête du parasite. Plaquer mon obsession au sol et le sodomiser face contre terre. Sans la moindre retenue. Jusqu’à le remplir à ras bord de mon sperme.

    Le monter sous ma forme originelle serait sadique. Je risquerais de le déchirer en deux, accidentellement… ou pas, d’ailleurs. Que ce soit avec ma bite, avec mes crocs ou mes griffes. Mais contenir cette tentation viscérale devient de plus en plus difficile.

    Bave aux lèvres, je me lève lentement et amorce quelques pas feutrés. Concentré sur l’angle d’attaque le plus opportun.

    Heureusement pour les deux imprudents, les fluctuations chez Aubrey m’indiquent la fin de ce dangereux accouplement. La tête rejetée en arrière, la poigne ferme et le corps tendu, il éjacule dans un long râle primitif.

    Encensé par ses vapeurs viriles, je ferme les yeux pour mieux filtrer son puissant fumet et me focalise dessus pour m’efforcer de calmer mon effervescence.

    Je rouvre les yeux et les regarde panteler après l’orgasme.

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d’avoir frôlé la mort.

    Ce soir, ces deux humains remonteront en voiture dans le plus grand des calmes, inconscients d'avoir frôlé la mort

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  • 6 | 𝕺𝖇𝖘𝖊𝖘𝖘𝖎𝖔𝖓 𝖉𝖆𝖓𝖘 𝖑’𝖔𝖒𝖇𝖗𝖊

    6–8 minutes

    Obsession dans l’ombre

    L’effervescence de la journée me tape sur le système !

    Y’a trop d’humains, trop de ces satanés engins à roues qui vrombissent à chaque coin de rue.

    Ça bourdonne, ça grouille de partout, et le monde de la surface est beaucoup trop lumineux cette moitié du temps. Mon acuité visuelle réduit si drastiquement que je peine à trouver un endroit tranquille.

    Je me mets enfin à l’abri dans un garage auto abandonné. L’odeur d’huile et de métal rouillé m’est déjà plus familière que les effluves de sueur et de déchets qui empestent la ville.

    Mes griffes se plantent profondément dans le sol en béton tandis que j’appelle les ténèbres. L’air vibre et s’épaissit autour de moi. Les cailloux et les débris qui jonchent le sol lévitent, portés par des spirales de poussière qui tournoient dans l’air de plus en plus dense. Lentement, puis avec la force d’une mini-tornade.

    L’explosion silencieuse qui se produit devant moi ouvre un trou d’ombre béant. Délivré de l’impatience me bouffait, j’y plonge sans hésiter.

    De l’autre côté, j’atterris sur un sol cendreux d’une moiteur poisseuse. Une odeur métallique agréable flotte dans l’air. Je ferme les yeux et inspire profondément.

    Je suis enfin chez moi.

    Un cri perçant fuse au loin, sans perturber ma paix.

    En Enfer, un chaos constant règne. On y survit par rapports de force, en respectant les hiérarchies établies par les Maîtres. Créatures infernales et Démons coexistent alors avec des âmes damnés ou des esprits maléfiques inférieurs qui rêvent de s’échapper.

    L’atmosphère poudreuse, aussi sombre que nos auras, constitue les ténèbres auxquels nous faisons appel pour aller à la surface de la Terre, ou la quitter. Je rentre presque toujours par ma forêt cauchemardesque préférée. L’éclat de la lune rougeâtre baigne la clairière. Ses rayons déforment les silhouettes tordues des arbres décharnés et allongeant leurs ombres comme des serres prêtes à lacérer la moindre âme imprudente.

    Je traverse la forêt sans me presser, évitant les lianes noueuses qui ondulent comme des serpents à l’affût.

    Loin devant, une des rares sources du coin se dessine. Un bassin naturel de sang, encastré entre des rochers suintants d’un liquide noirâtre.

    Ici, tout transpire la douleur et l’horreur. Même les entrailles du sol semblent maudites, brûlées par la damnation de l’entité Tout-Puissante qui a précipité Lucifer six pieds sous terre.

    Lui, l’ange déchu, devenu démon originel. Le père de toutes les créatures infernales. Il a bâti son royaume dans les cendres et forgé sa grandeur sous un nouveau nom : Satan, roi des Damnés.

    Gloire à lui.

    Je me dirige à la source et y lape quelques gorgées de sang. Épais et rance, il est imprégné d’une amertume tenace. Pas ce que je préfère, mais suffisant pour le moment.

    Une nuée d’âmes errantes vient me faire chier. Leurs formes translucides oscillantes me cernent et chuchotent, affolées :

    Où suis-je ?

    Je veux sortir de cet enfer !

    Aidez-moi.

    Leur présence intempestive m’horripile. Je grogne sourdement et, d’un coup rapide, referme mes mâchoires sur le bras spectral de l’un d’eux. Je l’envoie valser dans une cascade de lave, quelques mètres plus loin.

    Son hurlement et les crépitements ardents de son plongeon résonnent dans le sous-bois. Les autres comprennent qu’ils doivent aller emmerder quelqu’un d’autre et déguerpissent sans calculer l’âme ébouillantée.

    L’espace d’un instant, un silence relatif retombe. J’étire mes muscles fatigués avant de me mettre à courir, langue au vent.

    Le paysage défile dans mon champ de vision ; une infinité de tons cendre et sang. Des gouffres béants qui vomissent des vapeurs brûlantes. Des rivières de lave qui serpentent entre les collines calcinées, creusant leurs lits dans le sol fissuré par la chaleur.

    À l’horizon, les grandes tours d’os du palais royal se découpent dans la brume pourpre qui flotte en permanence. J’atteins la Grand’Place des Damnés quand l’ordre de mon maître frappe mon esprit comme un coup de fouet.

    Inutile de lui confirmer avoir bien reçu les informations concernant ma mission du soir. Je quitte l’esplanade qui s’étend au milieu des Tours de Débauche quand un membre de la meute me rattrape au passage.

    — Ah, c’est pas trop tôt ! T’étais où, Khaleel ?

    Agacé par ces familiarités, je grogne :

    — Occupé à baiser ta mère en ciseaux.

    Courant à mes côtés, il grogne en retour sans répliquer.

    Nul doute qu’il brûle d’envie de m’envoyer me faire foutre. Mais de m’affronter, beaucoup moins. Alors il ravale sa rogne.

    — T’as reçu notre affectation de ce soir ?

    — Ouais. Sang espagnol au menu. On se retrouve plus tard, même heure, même endroit que d’habitude.

    Il opine et décélère. En quelques foulées, je suis de nouveau dans cette solitude que j’affectionne.

    Bientôt arrivé à ma tanière, je me mets à trottiner, prêt à me reposer avant la chasse.

    ***

    Les jours s’écoulent et les collectes d’âmes s’enchaînent. Parfois jusqu’à trois ou quatre le même soir.

    Madrid, Los Angeles, Osaka… C’est toujours la même rengaine ; suppliques sur fond de larmes.

    C’est mon quotidien, ce pourquoi j’ai été créé, et je le fait toujours avec un plaisir vicieux.

    Mais ces derniers temps, je suis blasé.

    Rien à voir avec la meute, ni même les préoccupations liées à l’OLCES. Mon esprit est tout bêtement accaparé par l’humain aux effluves tentatrices.

    Aubrey, des Îles de Guadeloupe, plein de toupet et de mystères.

    Même une tuerie bien sanglante ne suffit pas à égaler son souvenir. Je le revois sans cesse, allongé sans défense entre mes pattes. Et la singularité de son odeur est gravée dans ma mémoire, presque aussi profondément qu’un ordre du Maître.

    Malgré ça, le besoin de le renifler me consume.

    Je veux découvrir tous ses secrets.

    J’ai fini par céder à mes pulsions, moins de 24 heures après notre rencontre. C’est le deuxième soir d’affilée que je l’épie caché dans l’ombre.

    Je le retrouve aisément grâce à mon flair et le suis au gré de ses déplacements. Toujours à bonne distance.

    Hier, il n’a rien fait qui vaille le détour. Mais ce soir, je sens que ma patience va payer.

    Je le trouve sur le parking d’un bâtiment que les humains, qui aiment tout compliquer, nomment « club de striptease ». Pour moi, c’est qu’un lieu de débauche parmi d’autres. Celui-ci se trouve en plein cœur d’une zone industrielle qui pue les relents de matériaux divers et de marécages.

    L’air est lourd, chargé d’une humidité qui s’accroche aux poumons. Imperturbable, j’observe ma proie. L’homme élancé aux cheveux longs qui l’accompagne est peut-être celui qu’il a mentionné. Ils traversent le bitume côte à côte, l’air de rien. Mais, même à six mètres, je perçois l’ardeur du feu qui les brûle.

    Deux humains poussent les portes de secours en tibubant. Je m’écarte nonchalamment, mais un d’entre eux trébuche et manque de s’écraser sur moi. Un grognement d’agacement m’échappe, mes crocs claquent dans l’air. Il sursaute et recule d’un bond avec un cri étranglé, les yeux écarquillés.

    — Ben qu’est-ce qui a ? T’as vu un diable ou quoi ?

    — Non, c’était un chien ! Enfin… Je ne l’ai pas vu, mais j’en suis sûr. Il m’a grogné dessus. J’ai même senti son haleine fétide et le claquement de ses crocs.

    Son ami ricane.

    — Ouais, c’est ça. T’es toujours le seul à entendre des voix et des bruits bizarres. Tu devrais consulter, mon chéri. Aller, viens.

    Indifférent à leurs piallements, je les contourne tandis que son pote l’aide à se relever et me recentre sur Aubrey. Il grimpe tout juste dans son pick-up avec son plan cul.

    Quand il démarre, je le suis sans hésiter. Je me retrouve encore sur la route. Les pulsations de mon cœur redoublent sous la pression de l’adrénaline. Par moments, les lumières de la nuit m’éblouissent et je frôle la collision avec d’autres bagnoles. Mais ça m’empêche pas de poursuivre ma filature.

    Après quelques kilomètres, sa voiture s’engouffre dans un chemin de terre. L’odeur iodée m’indique que ça mène à l’océan. Ou une plage, tout du moins. Mais avant d’y arriver, il bifurque dans un passage de traverse.

     Mais avant d'y arriver, il bifurque dans un passage de traverse

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  • 5 | 𝕬𝖋𝖋𝖆𝖒é

    3–4 minutes

    Affamé

    Un frisson de satisfaction me parcourt l’échine.

    À pas feutrés, j’avance dans l’ombre et surplombe l’humain endormi. Il est paisible. Ses bras en vrac encadrent sa tête et sa peau sombre, magnifique, luit par endroits sous la faible lumière que les fenêtres laissent filtrer dans la pièce.

    Un filet de ma bave lui dégouline sur le visage. Inconscient du danger, il gigote un peu et s’essuie la joue, mais ne se réveille pas.

    Instinct de survie : zéro.

    Un grondement sourd roule dans ma gorge. Son manque de réaction me rappelle la façon étrangement calme dont il m’a enlevé. Son niveau d’adrénaline n’a quasiment pas fluctué.

    Certains humains ont une déficience de la peur. C’est rare. Peut-être est-ce son cas. Ça expliquerait une aura si puissante.

    Bon, seulement en partie. Les humains ont des fumets caractéristiques selon leurs origines, leurs personnalités, ou la situation ; peur, excitation… ll est aussi possible qu’il soit le descendant très éloigné d’un quelconque hybride, ou d’un humain ayant eu des capacités surnaturelles plus haut dans sa lignée.

    Anormalement curieux à son égard, je m’abaisse et le renifle. D’abord son visage anguleux, puis les poils de son torse nu. Je suis tenté de lécher ses abdominaux et toutes les courbes de son ventre parfaitement sculpté. Son corps pousserait n’importe qui à signer pour la damnation, mais je ne perçois rien qui confirme mes hypothèses.

    Enivré, j’approche mon museau de son pubis et le sent à travers son vêtement. Son odeur virile est si grisante que je frémis d’excitation.

    Je salive, mon estomac gargouille. Je pourrais dévorer ce mec, là, maintenant. Il n’aurait même pas le temps de réagir. Mais ce serait trop facile pour être jouissif.

    Et puis… il m’intrigue.

    Beaucoup trop pour mourir comme n’importe quel autre insignifiant.

    Lui, il a voulu m’aider.

    Même si je n’avais aucun besoin de sa charité, l’intention était là. Sincère. Les humains sont intrinsèquement égoïstes. Mais cet incompréhensible syndrome du sauveur confère à certains d’entre eux une complexité fascinante. Je suis prêt à l’admettre.

    Je me demande futilement comment celui-ci aurait réagi si j’avais été sous ma vraie forme quand il m’a trouvé sur le bord de la route.

    Se serait-il chié dessus, comme la plupart des Hommes devant qui je me présente dans toute ma splendeur ?

    Aurait-il tenté de m’achever ? Par peur, ou par dégoût…

    Les Chiens de l’Enfer sont prévisibles, fiables. La plupart des créatures de la nuit ont des comportements rationnels, basés sur leur nature. Mais ces humains… Si certaines tendances prévalent chez eux, on ne peut jamais prévoir leur réaction à 100%.

    — Aubrey ! As-tu l’intention de dormir toute la journée ?

    Cette vieille voix féminine fuse et brise le silence.

    Un sursaut me traverse. Absorbé par mon étrange trouvaille, je n’ai pas entendu l’humaine approcher.

    L’état d’alerte me hérisse les poils. Je ravale le juron qui me monte à l’esprit et plonge au sol, babines retroussées, mes yeux fauves rivés sur la porte qui menace de s’ouvrir d’un instant à l’autre.

    — Debout, mon garçon, insiste-t-elle depuis l’autre côté. Il est déjà sept heures. C’est la nuit qu’on est censé dormir.

    Mes muscles sont tendus. L’adrénaline pulse dans mes veines. Médusé, je réalise qu’il fait effectivement jour dehors.

    L’homme grogne et se retourne dans son lit. D’un mouvement vif, je m’élance vers une des fenêtres que j’ai repérées à mon arrivée. Prêt à me tirer de là avant qu’il ne se réveille.

    Les bruissements de draps attirent mon attention quand il se redresse en position assise. Je lui jette un dernier regard alors qu’il marmonne en s’étirant :

    — Je ne suis pas une de tes poules, mamie.

    — Sors de ce lit et viens m’aider, Aubrey !

    Aubrey… C’est donc ainsi qu’il se nomme.

    Mon regard s’attarde une fraction de seconde sur son visage grimaçant, puis glisse sur son corps alanguis hautement appétissant.

    Sois heureux que je te laisse le loisir de poursuivre le cours de ton existence, Aubrey des Îles de Guadeloupe.

    Intrigué par l’écho de ma voix, sorti de nulle part, il fronce des sourcils et tourne la tête en direction de la fenêtre.

    Le sachant incapable de me voir, je retiens un rire moqueur et m’exfiltre enfin de sa chambre à la lumière naissante du matin.

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  • 4 |  𝕿𝖆𝖕𝖎𝖘 𝖉𝖆𝖓𝖘 𝖑’𝖔𝖒𝖇𝖗𝖊

    4–6 minutes

    Tapis dans l’ombre

    Après m’avoir traîné dans une baraque qui sent la vieille peau, l’humain m’a installé sur une couche d’infortune. Quand on passait dans la cour, j’ai senti l’énergie de ridicules protections disséminées un peu partout. Certainement l’œuvre de la vieille bique qui habite aussi les lieux. Elles m’ont foutu la nausée et un bon mal de crâne, mais seuls les sceaux anti-démon ou les symboles angéliques m’affectent méchamment.

    De retour dans sa chambre, où il m’a laissé, l’humain au parfum épicé se penche vers moi et me parle à nouveau. Voyant que je ne bouge pas d’un poil, il tend une main pour me caresser le crâne.

    Grossière erreur.

    Je redresse vivement la tête. Il se ravise juste au moment où mes crocs claquent dans l’air d’un coup sec.

    — Eh bien ! T’es aussi peu commode que t’es beau, Black Pitt*.

    Mouais, et lui, il est beaucoup trop confiant. Je suis pas son bon toutou… Puis son humour est foireux.

    Son rire détendu s’élève dans la pièce alors qu’il décroche sa serviette de sa taille pour essuyer les gouttes d’eau qui ruissellent dans son cou. J’observe silencieusement les traces de griffures boursouflés qui strient son avant-bras. Il a de la chance que mes griffes ne soient pas venimeuses. Mon attention distraite est ensuite attirée par la goutte qui sillonne son épaule et cascade sur son pectoral saillant.

    On n’a pas roulé longtemps. Mes grognements ont repris dès qu’il m’a sorti de sa voiture. Mais je regrette plus de m’être laissé trimballer sous son bras, puisque ça m’offre l’occasion de le voir à poil.

    Il sort tout juste de la douche et trouve visiblement normal de se balader nu devant son clebs. Comme la plupart des gens, j’imagine. Pourtant, chez lui, je sens une telle assurance que je me dis qu’il ferait probablement pas autrement face à un de ses semblables.

    Moi, ça fait longtemps que j’ai appris à apprécier les beaux corps et le plaisir qu’ils procurent, indifféremment du genre ou de l’espèce. Je le mate donc sans retenue pendant qu’il continue à jacqueter.

    — T’as de la chance que j’aime m’envoyer en l’air en pleine nature. Et aussi que je déteste voir des animaux agoniser au bord de la route.

    Sa bite flasque ballote contre le haut de ses cuisses. Je suis moins intéressé par son discours de Sainte-Thérèse que par la mention d’une escapade sexuelle.

    Ce que j’aurais kiffé tomber sur lui et son amante, emboîtés l’un à l’autre dans un coït bestial.

    Bras croisés sur son torse épais, il me fixe et marmonne :

    — Le véto de garde ce soir est trop loin, je t’emmènerai voir quelqu’un demain. Promis. T’as l’air fatigué, mais tu ne saignes pas et tu restes plutôt vif. Ça doit être bon signe… Je ne pourrais pas te garder de façon permanente, mais je m’assurerai qu’une famille aimante et compétente avec les chiens de catégorie 1 te recueille au plus vite. D’accord ?

    Bah putain, il croit encore au Père Noël à son grand âge, celui-là ?

    Un rire caustique m’échappe.

    Merde… Ça se répercute direct sur mes côtes douloureuses.

    L’humain perçoit sans doute le son étouffé d’un presque aboiement. Un sourire fend ses lèvres pleines. Il gratte sa barbe en ricanant :

    — On dirait bien que t’es d’accord.

    Seulement dans ta petite tête, Barbaque Sexy.

    Je lui donne quoi ? La trentaine. Il doit mesurer un mètre quatre-vingt, environ. Et y’a pas à dire, c’est vraiment un morceau de viande de choix.

    Corps longiligne mais musclé. Bien monté, beau cul. Tout est diablement bien proportionné chez lui. Un délice, pour sûr. J’en ai la bave à la gueule rien qu’à m’imaginer le pilonner et je lèche mes babines par automatisme.

    Il me regarde, comme s’il venait d’avoir un déclic, et lance :

    — Oh, t’as peut-être encore soif ?

    De son sang, oui. Et faim de son corps.

    Mais évidemment, c’est une foutue gamelle d’eau que cet idiot d’humain me repose sous le museau, après s’être habillé d’un jogging et éclipsé quelques minutes. Je lui boufferais le bras pour ce nouvel affront si chacun de mes mouvements brusques ne ravivait pas des douleurs lancinantes.

    Ce coup-ci, je ne renverse pas sa gamelle débile. Je la repousse dédaigneusement d’une patte, sur laquelle je pose ensuite la tête.

    Je ne dormirai pas en présence d’un ennemi, aussi doux soit le parfum de la testostérone qui imprègne la couverture dans laquelle il m’a emmitouflé. Mais j’ai encore besoin de me reposer pour mieux guérir.

    Lui, en revanche, n’hésite pas une seconde à éteindre les lumières et aller se coucher. Il me souhaite bonne nuit. Je l’écoute, sans bouger. Il se glisse sous ses draps et passe un bon quart d’heure à regarder des vidéos sur son bidule portable avant d’enfin sombrer dans le sommeil.

    Une heure s’écoule.

    Je me sens déjà mieux. Je me lève sans trop de mal et étire nonchalamment mes membres ankylosés, avant de m’ébrouer.

    Arg, j’empeste l’humain !

    Un bâillement m’échappe. Je suis claqué, et, pire encore, mon ventre hurle famine.

    L’odeur entêtante de l’humain endormi à quelques mètres de moi me vrille les narines. Attisant une faim encore plus vicieuse.

    Mes crocs réclament de la chaire. L’appel du sang me brûle le cerveau.

    Mon instinct carnassier prend le dessus.

    D’un bond, je quitte ma couche. Une décharge d’adrénaline explose dans mes veines et je me transforme en plein saut. Mes os s’étirent, mon corps grossit. Quand j’atterris sans un bruit sur le matelas, je suis enfin sous ma forme originelle. Je passe immédiatement en mode ténèbres.

    Invisible, et quasiment en pleine forme, je ne suis plus un vulgaire chien blessé. Je suis à nouveau un prédateur.

    ___

    Black Pitt (Pitt noir) : Pit est le diminutif pour la race des Pitbulls, des chiens de défense classés catégorie 1 dont la possession est normalement soumise à une réglementation stricte. La race englobe les Staffordshire terrier américain (Staffy) et tous les chiens issus de croisements qui leur donnent le même aspect physique.

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