Chapitre 39

39 | 𝔸𝕥𝕥𝕚𝕣é 𝕡𝕒𝕣 𝕝𝕒 𝕞𝕖𝕣𝕕𝕖

11–16 minutes

À court de mots, Eliakim me dévisage, les yeux pleins de surprise.

— Welsley O’Bright, répète-t-il en tournant à nouveau le regard vers l’intéressé.

Puis l’information semble prendre tout son sens dans sa tête.

— C’est… ton ex-fiancé ? Celui qui t’accompagnait à mon mariage.

— Exact.

— Il a l’air…

Canon. Narcissique. Incroyable au pieux. La liste est aussi longue que mitigée, mais, évidemment, Akim choisit un tout autre terme.

— Charismatique, souffle-t-il suite à une courte réflexion.

— Entre autre…

Son attention me revient.

— Vu ton entrain, j’en déduis à que tu ne t’attendais pas à le voir aujourd’hui. Risque-t-il de te causer des ennuis ?

— J’ose espérer que non.

Les scènes de jalousie exagérée, c’est du Wels tout craché. Ça m’étonnerait qu’il y coupe par miracle. Ceci dit, je ne veux pas parasiter Eliakim avec les détails de notre relation foireuse.

— Ce n’est pas quelqu’un de méchant, mais on ne s’est pas quittés de façon très cordiale. Donc il risque de vouloir chercher la petite bête. À force, j’y suis habitué.

— Très bien, car il semble fin prêt à lancer les hostilités.

Je jette un regard sur le côté et l’aperçois avancer vers nous d’un pas impérial. Sa peau, déjà couverte de sueur, luit sous le soleil de plomb qui fait aussi étinceller la boucle à son oreille.

Putain, il a l’air encore mieux foutu que dans mes souvenirs. En revanche, je me rappelle à quel point succomber à son charme nous est néfaste, à lui comme à moi. Ça suffit à me dissuader de le mater.

Lèvres pincées, je croise les bras sur mon buste lorsque Welsley arrive à nos côtés. Il enlève ses lunettes de soleil, qu’il accroche à l’élastique de son short de bain, puisqu’il est torse nu, et toise ouvertement Eliakim.

Ses yeux noirs dédaigneux s’accrochent ensuite à moi. Sa mâchoire carrée se décontracte. Il esquisse un sourire narquois.

— Salut, Séra.

— Wels, opiné-je en réponse.

— T’as l’air en forme.

— Toi aussi.

— Je vais vous laisser discuter, annonce Eliakim, qui s’en va promptement.

L’air hautain, Welsley le regarde filer vers Sawyer avant de reprendre :

— Je ne pensais pas te voir ici aujourd’hui. Aux dernières nouvelles, t’étais une fois de plus hors de la ville pour une de tes missions.

— Affaire bouclée. Je suis rentré y’a quelques mois.

— Cool, notre compétition du 4 juillet s’annonce d’autant plus intéressante. Je vois que t’es venu avec ton nouveau mec.

Ses reproches subtils s’enchaînent, et son sourire de façade reste en place. L’éclat de défiance dans ses yeux ne m’est toutefois pas inconnu. Je choisis d’étouffer ses fausses idées dans l’œuf avant qu’il ne commence à faire des histoires pour rien.

— Écoute, ça te regarde absolument pas… Mais te connaissant, je préfère être clair. Eliakim est mon beau-frère, le veuf d’Améthyste. Il est aussi pasteur, je te rappelle.

Il lâche un rire moqueur.

— Je parlais de ta petite pute blanche. C’est drôle que t’aies tout de suite pensé à ton beau-frère !

Je me renfrogne, ce qui le fait rire de plus belle.

Créer des quiproquos qui le confortent dans ses doutes est un des nombreux travers de Welsley. Il sait pertinemment que je ne sors pas avec Sawyer. Et, il a beau avoir une dent contre lui malgré ça, c’est avec Eliakim que je suis venu…

— Je constate que tu ne fais plus semblant de pas le blairer. C’est à se demander ce qui a bien pu changer pour que son bien-être compte autant pour toi.

— Je suis sérieux, Welsley. Il traverse déjà assez de merdes en ce moment.

— Et alors ? rit-il. C’est pas le seul. T’as pas plutôt peur que je dise à ton charmant beau-frère des choses compromettantes à ton sujet ? Ou alors qu’il en dise à votre sujet ?

J’ai beau être habitué à son cinéma, il n’en est pas moins usant. Je le fixe, sans rien ajouter, pour lui intimer de passer à autre chose.

— Ouh… s’amuse-t-il en se rapprochant étroitement. J’ai droit à ton regard revolver. T’as dû oublier que te foutre en rogne, c’est ce qui m’excite le plus comme préliminaire.

Il lève une main, qu’il pose à plat sur mon pectoral, et se penche à mon oreille.

— Mais moi, j’oublie pas. Je te connais par cœur, Séraphin.

Welsley se redresse, et ses yeux retrouvent les miens, sans qu’il ne daigne reculer le visage. Sa proximité ne me fait pourtant ni chaud ni froid.

— T’as une approche particulière des liens familiaux, puisque tu t’es tapé ton meilleur ami. Le type que tu jurais considérer comme un petit frère… C’était assez prévisible, je dois dire. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que c’est pas du tout ton genre de mec. Toi, ce qui te fait perdre la tête, ce sont les Melanin Kings*. Le mari de ta sœur coche toutes tes cases. Il ne te laisse pas indifférent, avoue.

Il marque une légère pause, espérant peut-être me tirer une réaction. Voyant qu’elle ne vient pas, il insiste en remontant sa main sous mes locks, jusqu’à ma nuque :

— Je l’ai remarqué dès notre séjour en Louisiane. Tu te souviens combien leur cérémonie de mariage t’a mis à fleur de peau ? Parce que moi, oui, même si sur le moment, j’avais pas encore pigé pourquoi… Et t’auras beau le nier, tu ne réussiras pas à me faire croire que cet homme est hors limite pour toi maintenant que ta sœur n’est plus sur ta route, ni qu’il ne se passe rien entre vous alors qu’il a carrément emménagé chez toi.

— T’as bientôt fini ?

Tout excité qu’il était, Sawyer a dû vendre la mèche comme un bleu en allant lui parler. Je jette un coup d’œil détaché à ma montre, comme si Welsley ne touchait pas un point des plus sensibles.

Il m’empoigne fermement les cheveux et incline la tête.

— Cache-toi derrière ton masque d’impassibilité autant que tu veux. Tu te crois peut-être au-dessus de nous autres, qui sommes incapables de gérer nos émotions aussi froidement que toi, mais tu plonges dans les histoires sales comme un moucheron attiré par la merde. Plus ça pue l’indécence, plus ça t’attire.

Il en est la preuve vivante. Je ravale l’acidité qui me remonte dans la bouche et dégage sa main d’un tour de bras.

— Si tu penses réussir à me faire sortir de mes gonds, tu gaspilles ton énergie. Le temps où j’alimentais ton feu est révolu. J’ai admis mes erreurs et je m’en suis excusé. Je pensais que ton départ pour la Californie t’aurait aidé à tourner la page.

— J’aurais bien aimé… Mais tout le monde n’a pas ton cœur de pierre.

Pour la première fois depuis son arrivée, l’expression accablée de Wels laisse entrevoir ce qu’il est vraiment : un cœur brisé. Il tourne lentement la tête vers Akim, qui nous observe d’un peu plus loin, en compagnie de Sawyer et des autres flics.

Pris à nous guetter, il sursaute et prétend retourner à la vive conversation en cours.

— Ton gentil pasteur aussi a l’air d’être coupable du péché de jalousie. J’imagine qu’il s’en repend tous les soirs, agenouillé aux pieds de son-

— OK, je crois qu’on n’a plus rien à se dire.

Lassé d’écouter ces conneries, je me détourne de lui.

Je suis vacciné contre son venin. Qu’il me crache son mépris parce je l’ai blessé, c’est une chose. Manquer de respect à Eliakim et sa foi, c’en est une toute autre.

Welsley rit et me retiens par le bras, rebondissant de la façon la plus improbable.

— Attends, Séra, j’ai besoin que tu m’aides à étaler de la lotion dans mon dos.

Avec un regard mielleux, il me le tend le tube de crème solaire qu’il sort tout juste de sa poche. Le genre de retournement de situation typique lorsqu’il est conscient d’aller trop loin dans ses propos.

— Je passe mon tour, décliné-je en glissant les mains dans mes poches. Tu trouveras bien un volontaire parmi ta foule d’admirateurs.

Beaucoup seraient même prêts à payer pour. Le sourire moqueur sur les lèvres charnues de Welsley ne fait que s’étirer. Enfin décidé à me lâcher la grappe, il remet ses Ray-Ban et reporte son attention vers l’effervescence de mes collègues.

— À toute, bébé. J’espère que l’équipe flicaille est prête pour une nouvelle déculottée.

Je retiens un souffle blasé. Wels m’a tout l’air de vouloir participer à la compétition. Sous ses grands airs confiants, il est teigneux et rancunier. Sawyer a une cible sur le front depuis qu’il a découvert qu’on couchait ensemble, après avoir fouillé dans mon téléphone un jour où il était venu chez moi récupérer des affaires. Mais s’il se trompe sur beaucoup de choses, il a bien raison sur un point : le mariage d’Eliakim et Améthyste m’a anéanti.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de rompre nos fiançailles. Je savais que notre relation n’était qu’une illusion. Malgré les sensations intenses qu’il déclenchait chez moi, je n’ai jamais été amoureux de Welsley.

Je n’ai plus réussi à aimer personne après Eliakim…

J’ai pensé à tort pouvoir me contenter du physique attrayant de Wels, et de son incontestable dévotion comme lots de consolation. Notre rupture, aussi houleuse que les plus mauvais jours de notre relation, m’a appris une bonne leçon : l’attirance physique et la compatibilité sexuelle à elles seules ne me suffiront jamais. Un couple durable se construit sur des projets de vie communs et une vision synchrone de l’avenir. En ce qui nous concernait, ou plutôt, en ce qui me concernait, aucun de ces critères n’étaient de mise avec Welsley. Le bon sens a fini par me dicter ma décision. Mes rapports avec Sawyer ont changés peu de temps après. J’étais au fond du trou, il m’a aidé à remonter la pente. Petit à petit.

De son côté, Wels s’est persuadé que je me défilais parce que je le trompais. Sa certitude s’est ancrée quand il est tombé sur les messages explicites de Sawyer. Il pense d’ailleurs que je l’ai plaqué à cause de lui. Je n’ai donc aucun doute sur le fait qu’il nous fera mordre la poussière aujourd’hui, à la moindre occasion.

Tandis que Welsley repart vers la foule de visiteurs, à la recherche de celui ou celle qui saura le convaincre de lui laisser l’honneur de le badigeonner de crème solaire, je vais rejoindre Akim et Sawyer.

— Purée, ce mec est une œuvre d’art ! J’aurais volontiers proposé de le tartiner s’il me détestait pas autant. Y’a bien que toi pour attirer ce genre de mec sans fournir aucun effort. C’est quoi déjà, son pseudo sur Justforfan* ?

Les yeux d’Eliakim s’arrondissent. Ayant sans doute peu l’habitude de conversations aussi décomplexées, il ne sait plus où se mettre. Je lance une œillade à Sawyer.

— Ben quoi ? Ah oui, c’est ton ex… Tu trouves déplacé que je lui bave dessus ?

Vu les pensées indécentes qui me traversent l’esprit depuis quelques jours, je serai bien hypocrite de juger quiconque sur ses fantasmes.

— Ce qui se passe dans ta tête ne regarde que toi.

Il pouffe de rire avant de reprendre :

— J’arrive toujours pas à croire que vous étiez fiancés.

— Alors on est deux, bougonné-je.

Welsley O’Bright a tout un tas d’arguments qui l’aident à arriver à ses fins, sans le moindre effort verbal. Si je devais faire une liste de mes décisions personnelles les plus stupides, accepter de me fiancer avec lui arriverait tout en haut. Juste après mon aventure avec Donovan, mon erreur la plus récente. Je me suis vraiment surpassé pour détrôner Welsley…

— Eh, tu nages bien, Akim ? Sawyer dit que tu bosses à mi-temps comme coach à la piscine municipale de Fort Worth.

L’invective de Callum me ramène à la conversation animée de nos camarades et surtout au fait que Sawyer parle toujours à tort et à travers.

— Eum, eh bien, oui, confirme un Eliakim interloqué.

Pas étonnant qu’il soit mal à l’aise. Son poste à la piscine est directement lié à sa liberté conditionnelle. Ce n’est pas le genre de détail qu’on apprécie d’étaler devant des inconnus. Heureusement, la vie privée des autres n’est pas ce qui intéresse le plus Callum.

— Génial ! Avec le retour du Zack Efron black version Baywatch*, je crois qu’on va avoir besoin de quelqu’un en plus dans l’équipe. Y’a quatre épreuves. D’abord un tug-of-war, ensuite un relais d’endurance, le relais de natation, et enfin l’épreuve de transport de blessé. Tu t’en sens capable ?

Eliakim affiche un sourire contrit. Il se gratte la tempe dans un geste nerveux.

— En toute honnêteté, je ne suis pas un grand sportif.

— Pas besoin, lance Sawyer. L’endurance, c’est 50/50, mais généralement, on les bat sur le tug-of-war et le transport de blessés. C’est vraiment l’épreuve de natation qui fait pencher la balance de leur côté. Séra et Callum sont nos seuls atouts, ce sera vraiment la merde s’il nous manque quelqu’un.

— D’accord, acquiesce timidement Akim.

— Te sens pas obligé, soufflé-je à son intention.

— Non. Si ça peut vous aider, je suis partant. Il faudra juste m’expliquer vos règles en détail.

— Ouais, t’inquiète. 

Sawyer opine à peine que Callum hèle les sauveteurs.

— Eh ! Les frimeurs d’Alerte à Twin Points, on a notre sixième homme !

— Le bon pasteur ? s’esclaffe Welsley, debout à quelques mètres, au milieu de ses fans

Sa remarque crée la surprise chez tout le monde, puisque nous n’avons mis personne dans la confidence quant au pastorat d’Eliakim.

— Vous êtes à ce point désespérés ? ajoute-t-il en abaissant légèrement ses lunettes sur son nez pour mieux nous narguer.

— C’est littéralement le représentant du Manie-Tout qui tient nos vies entre ses mains, à chaque fois qu’on est sur le terrain, réplique Sawyer.

— C’est peut-être même un signe qu’il soit là pour se joindre à l’équipe bleue, enchaîne un autre flic.

— Un signe ? Carrément ! se moque le deuxième pompier. On aura tout entendu.

— Bon, on se fout de votre avis. C’est acté. Vous vous vantez toujours d’être plus beaux et plus forts. Je vois pas en quoi le choix de notre nouvelle recrue vous dérange !

— T’as raison, intervient Aleks. Faites comme vous voulez. Il vous faudra bien une intervention divine pour gagner cette année.

Elle rit un coup et retourne aux festivités. Callum et Sawyer se chargent de briefer Eliakim, qui me lance des petits coups d’œil intermittents.

— C’est bon pour toi ? s’enquiert Callum à la fin de son speech, une main solide sur son épaule.

— Oui, opine Akim. Pas de pression, ni de tensions en vue. Hein ?

Les gars explosent de rire.

— Ça va aller ! assure Sawyer. Ils aboient plus qu’ils ne mordent… pour la plupart.

Son regard dévie vers Welsley. À présent appuyé contre une table, bière à la main, il nous dévisage sans s’en cacher. Je l’ignore royalement et remonte mes cheveux, que j’attache au-dessus de ma tête en espérant avoir un peu moins chaud.

Mon regard tombe à nouveau sur le visage concentré d’Eliakim, toujours coaché par Sawyer et Callum. Je secoue légèrement la tête.

Il serait grand temps qu’Akim arrête de se plier en quatre pour faire plaisir à tout le monde. J’imagine qu’il ne corrigera pas cette mauvaise habitude en un claquement de doigts, mais aujourd’hui, ça risque de lui attirer un problème de taille.

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Melanin Kings : Rois de la mélanine -> les hommes noirs.

Justforfan : plateforme qui permet de proposer du contenu explicite pour adultes, similaire à Onlyfans.

Baywatch : film, remake de la série culte « Alerte à Malibu », où l’acteur Zac Efron joue le rôle d’un sauveteur sexy au corps ultra musclé (avec des veines saillantes 🤤).

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Personnages introduits :

• Welsley O’Bright / trentenaire / sauveteur délocalisé à L.A / ex-fiancé de Séraphin.

• Callum / quarantine / policier / collègue de Sawyer.

• Aleks / cheffe d’équipe des sauveteurs de Twin Points / ex-collègue de Welsley.

• Logan / pompier de Fort Worth / ami des sauveteurs de Twin Points.

• Logan / pompier de Fort Worth / ami des sauveteurs de Twin Points

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Commentaires

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